Coronavirus : Est-ce vraiment si « dur d’avoir 20 ans en 2020 », comme l’a déclaré Emmanuel Macron ?

Les jeunes sont pénalisés par la crise sanitaire. — Pixabay

  • « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », a déclaré Emmanuel Macron, lors de son allocution du 15 octobre. « 20 Minutes » l’a pris au mot en explorant plusieurs pans de la vie des jeunes.
  • Cours à distance à la fac, problèmes économiques, vie sociale réduite à peau de chagrin… Les vingtenaires paient un lourd tribut à la crise économique et sociale engendrée par le Covid-19.
  • Mais cette période difficile n’a pas que des aspects négatifs pour eux…

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020… Ce sont ceux qui vivent un sacrifice terrible ». Des mots forts prononcés par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée le 14 octobre en direction de la génération 2000. Car la crise sanitaire a bousculé tous les plans de ces jeunes adultes, à court et moyen terme. « J’ai dû annuler tous mes projets d’étude pour l’année 2020 et je ne sais plus quoi faire », confiait ainsi Arianne, 23 ans, lors d’une récente étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay menée début octobre*. « Il y a trop d’incertitudes à court terme pour pouvoir se projeter », ajoutait Antoine, 25 ans.

Un sentiment observé par Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne, lors de ses consultations : « Mes jeunes patients verbalisent leur malaise depuis le confinement. Si le sentiment d’incertitude par rapport à l’avenir est propre à leur âge, il est exacerbé par le contexte anxiogène ». Un constat établi aussi par la psychothérapeute, Isabelle Filliozat : « Avant leur incertitude était intérieure, désormais elle est aussi extérieure. Ils ne sont plus très sûrs d’avoir leur avenir en mains et ont l’impression d’avancer dans le brouillard ».

Privés de cours durant six mois, les 2,8 millions d’étudiants ont repris avec entrain le chemin de l’université et des écoles d’enseignement supérieur en septembre en espérant retrouver un semblant de normalité. Mais le couperet est tombé début octobre : en raison des clusters dans les universités et les écoles, le gouvernement a instauré la réduction de moitié de la jauge dans l’enseignement supérieur. Depuis, les étudiants vont en cours la moitié du temps et sont en distanciel pour le reste. Ce qui n’est pas sans conséquence pour leur moral : « Les étudiants ont l’impression de ne pas l’être complètement, car ils ne peuvent pas fréquenter librement leur établissement, travailler en groupe ou participer à des fêtes étudiantes », analyse Aline Nativel Id Hammou. « Et l’enseignement à distance complique encore la donne pour les étudiants qui avaient déjà des difficultés scolaires », ajoute Olivier Galland sociologue spécialiste des questions de jeunesse.

« Ils se sentent jeunes sans pouvoir l’être pleinement »

A cette difficulté de poursuivre leur cursus dans de bonnes conditions, s’ajoutent aussi des difficultés économiques. Car le marché des jobs étudiant s’est beaucoup tari alors qu’un peu moins de la moitié des étudiants (46 %) exerce une activité rémunérée pendant l’année. « Et certains parents déjà touchés par la crise, ne peuvent plus autant aider financièrement leurs enfants », observe Olivier Galland. Pour les jeunes de 20 ans, souvent les peu ou pas diplômés, qui se lancent sur le marché du travail, c’est aussi la tannée : « En période de crise, les jeunes sont ceux qui sont le plus frappés par la dégradation du marché de l’emploi. Car ce sont les CDD et les missions d’intérim qui sont supprimés en premier », souligne Olivier Galland.

La crise sanitaire a aussi mis un sérieux coup de frein à leur vie sociale. Il y a d’abord eu le confinement, puis à cette rentrée, la fermeture des bars et des salles de sport dans certaines villes, puis le couvre-feu. Selon notre étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay », début octobre, 23 % des 18-30 ans avaient déjà « réduit radicalement » leurs interactions sociales et 28 % avait réduit leurs contacts à leur « cercle le plus proche ».

« Avec ces restrictions d’activités liées aux consignes sanitaires, certains éprouvent un fort sentiment de solitude », constate Olivier Galland. « Car 20 ans, c’est l’âge de la vie où l’on éprouve le besoin de se socialiser un maximum, d’appartenir à un groupe. Et le fait de pouvoir rencontre un ami ou deux de temps en temps n’est pas suffisant. Le risque pour eux, c’est de se réfugier dans les écrans et de s’isoler encore davantage », complète Isabelle Filliozat. « Ce manque d’interactions, cette vie amicale et sentimentale amoindrie, créé un sentiment de frustration. Ils se sentent jeunes sans pouvoir l’être pleinement. Ils ont l’impression que le Covid-19 les emprisonne », résume Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne.

« Ils ont été désignés comme de forts propagateurs du virus »

Et alors qu’à 20 ans, on a le sentiment que le monde nous ouvre les bras, l’univers de ces jeunes est désormais très restreint. « La difficulté à trouver un stage, à partir faire des études à l’étranger ou à voyager, les prive d’expériences enrichissantes. Alors même qu’ils ont été éduqués avec l’idée qu’il fallait être très mobile », souligne Olivier Galland. Pour couronner le tout, beaucoup de jeunes se sont sentis stigmatisés ces derniers mois, aussi bien dans les médias, que par certains de leurs aînés. « Ils ont été désignés comme de forts propagateurs du virus et comme les responsables de la mise en place du couvre-feu dans les grandes villes. On leur a reproché leurs fêtes clandestines, leur non-respect des gestes barrières… C’est comme si on leur collait sur le front une étiquette d’irresponsables », estime Aline Nativel Id Hammou.

De là à parler des vingtenaires comme d’une génération sacrifiée, il y a un pas, selon Isabelle Filliozat : « Avoir 20 en temps de guerre ou en pleine récession économique, c’était pire ». Olivier Galland est du même avis : « Il ne faut pas céder au catastrophisme. Les Français sont très pessimistes et ont toujours tendance à penser que le passé était plus rose, ce qui n’est pas vrai. Et cela sous-entendrait que le gouvernement a délibérément sacrifié cette génération, ce qui est faux. Il a dû faire un arbitrage compliqué entre la protection sanitaire des plus fragiles et la préservation de l’économie », estime-t-il. A l’aube du déconfinement, début juin, les premiers concernés ne se reconnaissaient d’ailleurs pas dans ce concept de « génération Covid » sacrifiée : 70 % des 18-30 ans estimaient même choquant de dire qu’on avait sacrifié leur génération pour sauver les plus âgés , selon notre baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? » 20 Minutes-OpinionWay**.

« Ce n’est pas parce qu’on change de plans qu’on perd son temps »

Et si l’on regarde le verre à moitié plein, la crise actuelle n’a pas eu que des conséquences négatives sur les vingtenaires. « Cette période leur a permis de recréer du lien avec leur famille. Beaucoup de mes jeunes patients m’expliquent par exemple, qu’ils ont redécouvert leur fratrie. Ils ont aussi fait du tri dans leurs relations, car ils ont pu voir lors du confinement, qui prenait de leurs nouvelles ou pas, leurs amis qui leur manquaient ou non. Et certains sont sortis de relations toxiques. D’autres se sont éveillés à une forme d’empathie collective. Ils sont devenus bénévoles pour une association, ont davantage rendu service à leurs proches », indique Aline Nativel Id Hammou. « Ce n’est pas parce qu’on change de plans qu’on perd son temps. Et certains ont développé des talents artistiques, philosophiques… C’est une opportunité de devenir soi en puisant dans ses ressources intérieures, au lieu d’attendre toujours des satisfactions qui viennent de l’extérieur », souligne Isabelle Filliozat.

Si la crise sanitaire les a déstabilisés, cette période peut aussi leur donner une force de résilience « car ils se diront qu’ils ont réussi à vivre avec le Covid, qu’ils ont su rebondir », espère Aline Nativel Id Hammou. « J’ai été licenciée en août donc là je suis en pleine réorientation et je prépare mon dossier pour intégrer une formation qui me plaît”, nous confiait ainsi début octobre Julie, 26 ans, membre de la communauté #MoiJeune. » Je me mobilise plus sur le plan associatif”, témoignait Léonore, 28 ans.

Une fois cette période noire derrière eux, les vingtenaires pourraient aussi bénéficier d’un regain d’énergie selon Olivier Galland : « Ils reprendront leur vie sociale là où elle s’est arrêtée. Leur appétit pour les rencontres et les sorties n’en sera que plus grand. La plupart des études d’opinion montrent que si les jeunes portent un regard pessimiste sur la société, ils restent optimistes sur leur avenir. Car ils ont confiance en eux, comptent sur leur réseau pour les aider et croient en leurs capacités de rebond ». « On peut s’attendre à un grand élan de leur part pour retourner sur les bancs de la fac, un plus grand intérêt pour leurs études », complète Aline Nativel Id Hammou. Pour se sentir à nouveau maîtres de leur destin.

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*Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay », réalisée en ligne le 8 octobre auprès d’un échantillon représentatif de 602 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas)

** Baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? », 20 Minutes – OpinionWay, réalisé en ligne du 5 au 8 juin 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 774 jeunes âgés de 18 à 30 ans, selon la méthode des quotas.

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