Coronavirus : « Les vulnérables d’hier sont les sacrifiés d’aujourd’hui », regrette Agnès Maurin, de la Ligue contre l’Obésité

Agnès Maurin, directrice de la Ligue contre l’Obésité, si attaque un décret pris par l’Etat fin août sortant des travailleurs — Ligue contre l’Obésité

  • Entre mai et fin août, les patients chroniques atteints de cancer, de maladies cardiaques ou d’obésité faisaient partie des travailleurs vulnérables, et à ce titre pouvaient demander le chômage partiel.
  • Depuis un décret du 29 août, ce n’est plus cas. Ce qui met en rage de nombreuses associations de patients. Dont la Ligue contre l’Obésité, qui a déposé un recours devant le Conseil d’Etat.
  • Ce dernier a auditionné la Ligue ce vendredi et devrait rendre sa décision dans les prochains jours. 20 Minutes a interrogé la directrice de la Ligue pour comprendre les enjeux de cette décision.

Comment protéger les plus fragiles ? Alors que le rebond de l’épidémie se confirme en France, plusieurs associations de patients critiquent depuis des semaines un décret qui sort du chômage partiel un grand nombre de patients chroniques.

Ce vendredi matin, le Conseil d’Etat examinait le recours déposé par la Ligue contre l’Obésité contre ce décret datant du 29 août. 20 Minutes a interrogé la cofondatrice et directrice de la Ligue contre l’Obésité, Agnès Maurin, sur les raisons de ce recours et les conséquences de ce décret.

Qu’a changé ce décret du 29 août ?

Un décret publié le 5 mai qualifiait un certain nombre de pathologies comme rendant les salariés concernés plus vulnérables que la moyenne des Français. C’est-à-dire qu’ils risquaient davantage de développer une forme grave du Covid-19. Les salariés atteints de maladies cardiaques, de diabète, de cancer, de mucoviscidose et d’obésité, par exemple, pouvaient demander, s’ils le souhaitaient, une activité partielle. Ce décret permettait également, pour celles et ceux qui souhaitaient travailler, de convaincre plus facilement leur employeur de télétravailler.

Le décret du 29 août, en catimini, annule ce dispositif. Depuis, un collectif de personnes individuelles s’est monté,les Vulnérables, dont on ne fait pas partie, mais qu’on soutient. Nous avons également publié une tribune, « N’oublions pas les travailleurs vulnérables… », signée par plus de 50 associations et collectifs de patients, dont France Assos Santé, la Ligue contre le cancer, Alliance maladies rares…

Quelles sont les conséquences de ce décret ?

Depuis le 31 août, beaucoup de patients chroniques sortent de la définition de « personnes vulnérables ». Et une toute petite partie reste protégée. Par exemple, seulement certains cancers. Pour les obèses, seuls ceux qui ont un diabète et plus de 65 ans peuvent ne pas travailler, mais en général, ils sont à la retraite ! Ce qui démontre bien qu’on est dans une démarche économique : c’est la rentrée, tout le monde retourne au boulot ! C’est aberrant. On ne sait pas sur quel critère ils se sont basés pour définir ceux qui sont fragiles et les autres. Un avis du Haut conseil à la santé publique rappelle pourtant que les personnes vulnérables sont toujours les mêmes. On est très en colère. Sans savoir pourquoi, les vulnérables d’hier sont les sacrifiés d’aujourd’hui.

Sur l’obésité en particulier, quels sont les risques ?

En mars, la Haute Autorité de Santé (HAS) avait défini comme critère de risque un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40, puis il l’a abaissé à 30. Quantité d’études françaises et internationales prouvent que les personnes fragiles sont celles qui sont atteintes par des maladies chroniques, notamment toutes les formes d’obésité. Une étude du CHU de Lille dévoile que deux tiers des patients en réanimation sont en situation d’obésité.

Une autre étude de l’hôpital Pompidou (AP-HP) qui date de septembre souligne que la mortalité est deux fois plus importante quel que soit l’âge chez les patients obèses. Sachant que dans cette maladie, on a souvent des troubles psychologiques… Je ne vous dis pas dans quel état sont nos patients ! Ils retournent au travail la boule au ventre.

Avez-vous une évaluation du coût de ce dispositif de chômage partiel ?

Le coût de la mise à l’abri, nous ne l’avons pas. Quoi qu’il en soit, l’argument financier n’est pas bon. Des hospitalisations en réa, ça a un coût et c’est vers cela qu’on se dirige. C’est bien plus cher que de payer les gens en arrêt maladie. Par ailleurs, d’autres personnes bénéficient du chômage partiel et pas pour des raisons médicales…

La France est confrontée à une deuxième vague. Ne doit-on pas rendre obligatoire le télétravail pour les salariés vulnérables ?

Cela fait partie des propositions que nous avons faites. On aurait pu accompagner le retour au travail, rendre obligatoire le télétravail quand c’est possible, les isoler dans un bureau, proposer un soutien psychologique, une aide au transport si nécessaire. On est dans une incohérence totale ! Pendant des mois, on a dit aux patients chroniques « faites attention ! ». Aujourd’hui, le ministère de la Santé argue que la courbe des hospitalisations en réanimation est plus basse qu’en mars. Mais en réalité, elle est à la même hauteur qu’en mai, quand le premier décret a été pris.

Pourquoi avoir déposé un recours ?

On a déposé le 24 septembre un « référé liberté » et un « recours pour excès de pouvoir » au Conseil d’Etat. On a été auditionné ce matin (vendredi), la Ligue contre l’Obésité et trois particuliers. Ces personnes ont peur, sont perdues, parfois dépressives. On a l’impression que la société ne veut plus les protéger. On ne compte plus sur la solidarité nationale, qui avait été le grand mot pendant le confinement. Le « quoi qu’il en coûte » du président, qu’on cite beaucoup, mais qui était très réel pour les patients chroniques…

Qu’attendez-vous du Conseil d’État ?

Que le décret du 29 août soit annulé. Si c’est le cas, on revient à l’ancien décret. On devrait avoir la réponse en début de semaine prochaine. Sachant qu’avec le pic épidémique, l’État va peut-être prendre des décisions pour les personnes vulnérables sans même attendre la décision du Conseil d’État.

Le gouvernement assure qu’il faut essayer de mettre en place une « bulle » autour des plus vulnérables, alors pourquoi ce décret ?

Plus globalement, faudrait-il d’autres mesures pour protéger les travailleurs les plus vulnérables face à ce Covid-19 ?

Bien sûr ! Nous avons fait d’autres propositions, par exemple impliquer le service des ressources humaines, informer la médecine du travail pour que la personne soit intégrée dans de bonnes conditions, demander une médiation avec une instance de conciliation s’il y a litige entre l’employeur et l’employé sous l’égide de la médecine du travail. Tout ça n’est pas prévu. Si la personne ne se bat pas toute seule, rien ne se passe. L’Etat assure que ces personnes peuvent demander un arrêt de travail. Mais c’est à la discrétion du médecin. Encore faut-il que le patient consulte. Or, l’obésite n’est pas considérée comme une maladie chronique, donc les personnes sont moins à même de demander et d’obtenir un arrêt de travail. A longueur de temps, elles s’entendent dire que c’est de leur faute…

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