En attendant Legault

C’est comme si le Québec était déjà sur pause. À 18 h, le premier ministre va faire une annonce aux Québécois, une annonce qui n’était pas prévue. Que va-t-il annoncer ? Dieu seul le sait avec certitude et sans doute que le PM lui-même, au moment d’écrire ces lignes – à 14 h – n’en est pas encore sûr lui-même.

Publié le 16 décembre 2021 à 14h40

On se croyait revenus à la « normale ». Il y avait quelque chose comme la normalité, ces derniers temps, grâce à la couverture vaccinale. Après l’ère du couvre-feu de l’hiver et du printemps, ça faisait du bien d’aller au restaurant, de fréquenter les arénas, de se voir sans toutes les contraintes habituelles.

Masqués, bien sûr. Mais il y avait quelque chose comme une forme de normalité. La vie reprenait.

Avant même qu’une nouvelle lettre grecque n’entre dans notre vocabulaire il y a à peine plus de deux semaines (salut, Omicron), les cas remontaient, au Québec. Des voix s’élevaient pour entourer de bémols la décision d’ouvrir les bars, de laisser tomber les masques dans les écoles secondaires, de laisser chanter les amateurs de karaoké…

C’était à la mi-novembre.

Était-ce bien prudent ?

Le PM, lui, semblait résolument optimiste : j’aimerais bien qu’on se fasse des partys de Noël à 20, 25 invités, disait-il le 29 novembre, il y a 17 jours à peine. Omicron s’incrustait à peine dans le vocabulaire, menace diffuse née dans les pays lointains, et François Legault rayonnait de son optimisme habituel.

Dix-sept jours ?

L’optimisme des partys à – peut-être – 20, 25 convives ressemble désormais à de la science-fiction, à une pensée magique d’il y a 17 mois, pas 17 jours. L’optimisme chronique du PM, sa tendance à tomber dans la pensée magique, ce sera pour une autre chronique.

En ce 16 décembre 2021, à quatre heures de la conférence de presse inattendue du premier ministre, on retombe dans cette incertitude qui rappelle ces jours frénétiques de mars 2020, quand tout s’est arrêté.

Le parallèle est peut-être boiteux, parce qu’on connaît mieux le mal, on sait désormais ce qu’on affronte. Contrairement à mars 2020, nous avons des vaccins, miracle de la science, aussi : ils ne sont pas efficaces à 100 %, mais entre ces vaccins et rien, nous sommes tout de même chanceux.

En ce 16 décembre 2021, à quatre heures de la conférence de presse inattendue de François Legault, c’est comme si le Québec se préparait à un impact, comme dans les secondes avant une collision sur la route, quand on sait que malgré les coups de klaxon, malgré les coups de frein et malgré les coups de roue, ça va fesser.

Je regarde mes médias sociaux et ils constituent, comme toujours, cet échantillon à la fois biaisé et représentatif : tout le monde se prépare au pire. Peut-être que le pire sera moins pire qu’escompté. Nous sommes tous dans l’expectative, spectateurs impuissants d’En attendant Legault.

Je lis les commentaires des gens que je suis : personne n’a la tête à travailler. Tout le monde spécule. Tout le monde exprime son écœurement, son ras-le-bol. Ce n’est pas une démission, c’est une forme de résignation. Le besoin de dire son trop-plein. Même chose hier quand j’ai ouvert les lignes à la radio : ces mauvaises nouvelles, après l’embellie des derniers mois, ces mauvaises nouvelles à l’aube des Fêtes, c’est quelque chose comme le coup de trop dans les schnolles de notre résilience collective…

L’autre partie de mes médias sociaux est constituée de nouvelles déprimantes, signe des temps. Le nombre de cas, qui frappe l’imagination : on approche des 3000 cas quotidiens, le Royaume-Uni est aussi durement frappé, les centres de dépistage et de vaccination québécois manquent de bras, l’Ontario resserre les boulons de la vie en société…

Je vérifie à l’instant la une de LaPresse.ca, et c’est une autre nouvelle déprimante : si la tendance se maintient, la capacité hospitalière du réseau pour traiter les malades de la COVID-19 – 700 lits, quoiqu’on parle parfois de 800 – sera atteinte le 8 janvier. Ce qui n’est pas dit dans le papier sur les prévisions de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, ce qui hurle dans le sous-texte, c’est cette réalité : passé le cap des 700, 800 hospitalisations, ce sera de la médecine de brousse. Après, bonne chance à tous.

Partout, depuis 24 heures, des histoires d’éclosions à la suite de partys de Noël ; le ministre Roberge qui est sur la touche, infecté ; on me dit que des salles d’opération de l’hôpital Notre-Dame annulent des interventions parce que des soignants sont malades ; des équipes de sport professionnel sont aussi frappées ; un club de la LNH a même rappelé des entraîneurs des ligues mineures pour remplacer des coachs infectés…

En ce 16 décembre 2021, à quatre heures de la conférence de presse du PM, on sent que le monde auquel on a goûté depuis le printemps est sur le point de nous échapper.

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