La crise d'Oka, 30 ans plus tard: la pinède de la réconciliation

Trente ans après la crise d’Oka, les plaies sont-elles cicatrisées ? Pas vraiment. Il y a eu des progrès sur le chemin de la réconciliation, mais ce sont de petits pas. Les avancées sont fragiles. Mais peut-être qu’un projet de parc écologique dans la pinède d’Oka pourrait changer les choses.

Publié le 4 juillet 2020 à 5h00

Suzanne ColpronSuzanne Colpron
La Presse

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Serge Simon, grand chef de Kanesatake

Un cadeau écologique

« Je crois que le fait de rapatrier ces terres sous notre contrôle va commencer à guérir les tensions chez nous. »

C’est ce message d’espoir qu’a livré le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, en entrevue avec La Presse dans la pinède d’Oka, au milieu d’arbres séculaires, jeudi, là où le conflit avait commencé, il y a 30 ans. Il faisait allusion à l’initiative inusitée d’un propriétaire privé, Grégoire Gollin, qui a proposé de céder les 220 hectares de terres qu’il possède pour aider à résoudre les conflits territoriaux vieux de trois siècles entre les Mohawks et Oka.

Cependant, si cette initiative suscite de l’espoir, elle provoque aussi des résistances, car la bonne volonté ne suffit pas quand il s’agit de relations entre les communautés allochtone et autochtone, surtout lorsqu’il est question d’enjeux territoriaux.

Le projet de M. Gollin comporte deux volets. Le premier, c’est de donner 70 hectares pour en faire une réserve écologique dans la pinède d’Oka. Le second, c’est de mettre à la disposition du gouvernement fédéral ses autres terres, soit 150 hectares, qui représentent environ 90 % des terrains vacants développables du village d’Oka, pour discuter d’un arrangement de réconciliation territoriale.

« Ça n’est jamais arrivé », jure-t-il.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Grégoire Gollin

Le projet de réserve écologique est sans doute le plus avancé. Le gouvernement fédéral a accordé des subventions au conseil de bande pour réaliser des études et évaluer les terrains. M. Gollin veut se prévaloir du Programme des dons écologiques, mis sur pied par Environnement Canada, pour bénéficier d’une réduction d’impôt. Il assure qu’il n’y a aucune transaction financière.

Une entente, en vigueur jusqu’à la fin juin 2021, a été signée en juin 2019 avec le grand chef Serge Simon, au nom du conseil mohawk de Kanesatake. Selon les termes de cette entente, M. Gollin s’engage à transférer 70 hectares à la communauté mohawk sous forme de don, à la condition que celle-ci s’engage à conserver à perpétuité la vocation écologique du territoire.

Le projet de réserve écologique est en bonne voie de se réaliser même si tous les obstacles ne sont pas surmontés.

« On n’a pas besoin des gouvernements pour faire ça, assure l’homme d’affaires de 71 ans. On n’a pas besoin d’une loi particulière ni de négocier quoi que ce soit. On a juste besoin que le ministère de l’Environnement reconnaisse la valeur écologique du terrain et que le ministère du Revenu reconnaisse la valeur foncière pour enregistrer le don. »

« Il n’y a jamais eu un cadeau écologique fait à une Première Nation de cette façon-là, ajoute le chef Simon. On est en train de créer un précédent. »

Des résistances

Ce projet suscite toutefois des résistances des deux côtés de la barrière.

Du côté des traditionalistes mohawks, on n’accepte pas qu’on leur impose des conditions pour leur rendre des terres qui, selon eux, leur appartiennent déjà. Le projet donnera donc lieu à un débat difficile au sein de la communauté de Kanesatake, qui doit être consultée par référendum sous peu.

« C’est la communauté qui va me donner la directive de procéder, affirme le chef Simon. Moi, je n’ai pas l’autorité de signer quoi que ce soit. Mais je suis absolument convaincu que ma communauté va vouloir acquérir ces 70 hectares dans le but de les protéger des développements futurs. Ça rencontre notre but. »

Du côté des Blancs, le maire d’Oka, Pascal Quevillon, craint que les Mohawks, si la pinède relève de leur autorité, ne respectent pas leur engagement et que le lieu se transforme en une nouvelle succession de « cabanes à pot » comme celles qui fleurissent sur la route 344.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Pascal Quevillon, maire d’Oka

« Ce qui est inquiétant, c’est qu’il n’y a pas de contrôle qui se fait à Kanesatake sur la construction des cabanes de cannabis, avance le maire. N’importe qui se prend un terrain et se construit un kiosque. Donc, n’importe qui pourrait prendre possession de ce terrain-là et faire ce qu’il veut, comme une piste de motocross. Le conseil mohawk et le grand chef n’ont pas de corps policier pour les [appuyer] non plus. C’est sûr que cette forêt, c’est comme notre poumon, à Oka aussi. »

M. Quevillon ne croit pas que les Mohawks respecteraient l’engagement de conserver à perpétuité ce parc écologique.

Des observateurs estiment toutefois que cette affirmation est sans fondement, notamment parce que cet emplacement, hors des axes de circulation, n’est pas propice à ce genre de commerce, et aussi parce que les Mohawks de toutes les factions ont montré leur attachement à la pinède.

« C’est vrai que les Mohawks ne contrôlent pas leur développement. Mais dire qu’ils ne sont pas capables de conserver un parc écologique, c’est aller trop loin », souligne l’anthropologue Pierre Trudel.

« Le maire va toujours se servir de ça comme excuse », ajoute le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, qui ne cache pas son opposition aux « cabanes à pot » sur son territoire.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

« Ce qui est inquiétant, c’est qu’il n’y a pas de contrôle qui se fait à Kanesatake sur la construction des cabanes de cannabis », dit Pascal Quevillon, maire d’Oka.

« Je n’ai pas de problème avec l’industrie de cannabis. Mais ici, ce n’est pas entièrement légal. Tant et aussi longtemps que la population ne s’est pas prononcée sur ses propres lois, on ne peut pas dire que c’est légal. C’est une industrie qui aurait pu être très profitable pour tout le monde et on aurait pu enlever le potentiel de crime organisé. Je ne peux pas dire avec certitude qui gère, qui amène l’argent, mais un jour, on va le savoir. Les gens ont toujours été très pauvres ici et quand ils ont vu une chance de faire de l’argent, ils ont fait ce qui était nécessaire. On a encore du chemin à faire. »

La vente des terres

Le second volet de ce projet, qui consiste à vendre au gouvernement fédéral quelque 150 hectares de terrains vacants appartenant à M. Gollin, est plus compliqué.

« On a un choc de deux droits absolus, dit l’ancien expert en sondage. D’un côté, on a un droit à la propriété privée, qui est le droit et la justice des Blancs. De l’autre, on a les droits ancestraux de Kanesatake. Si les planètes étaient mieux alignées, on serait sur la voie d’un règlement, mais le chemin est encore long, trop long. C’est une question d’ouverture au compromis territorial. C’est juste ça. Le nœud est là, selon moi. »

Les traditionalistes mohawks, par principe, refusent tout compromis. « Ils parlent de leur droit comme d’un droit absolu, sans condition », fait savoir M. Gollin.

Dès qu’on parle de ses droits de façon absolue dans les questions territoriales, on est loin de pouvoir s’entendre. Seul un compromis mène à une entente.

Grégoire Gollin

La municipalité d’Oka est contre ce projet, car certaines des terres de M. Gollin se trouvent à l’autre extrémité de village d’Oka, de sorte que les deux entrées de la municipalité seraient occupées par des terres mohawks, avec la crainte, bien sûr, que ce territoire se transforme en lieu de vente de tabac et de cannabis.

« Le problème, ce n’est pas d’être enclavé par des Mohawks, précise le maire Quevillon. C’est le risque d’être enclavé par des cabanes qui vendent du cannabis. Actuellement, à Kanesatake, il n’y a aucun contrôle qui se fait au niveau de la construction de ces cabanes. Donc, s’ils deviennent propriétaires des terrains à l’entrée d’Oka, ce qui devient inquiétant pour les citoyens, c’est qu’on se retrouve avec des kiosques de vente à l’entrée et à la sortie du village. »

Grégoire Gollin a fait l’acquisition de ces terres en 2004. À l’époque, il y avait de la bisbille à Kanesatake. La maison du grand chef du conseil de bande avait été brûlée par ses opposants à la suite d’une opération policière avortée. Des Mohawks avaient également bloqué la route 344 et pris en otage des policiers pour protester contre la décision du grand chef de congédier le chef de police local et d’embaucher des policiers autochtones de l’extérieur. Depuis lors, Kanesatake n’a plus de corps policier. Et la SQ n’est pas la bienvenue.

« J’étais à la retraite. J’ai décidé de faire de la diversification dans mes placements, explique-t-il. Mon intuition me disait que ça servirait de toute façon à quelque chose un moment. »

M. Gollin souhaite aujourd’hui faire un geste significatif pour la réconciliation. « L’histoire me place devant certaines décisions et je les ai prises, dit-il. Rendu à mon âge, je pense que c’est plus intéressant de laisser ce genre d’héritage qu’un compte de banque. La réconciliation, c’est l’affaire de tout le monde. »

Le grand chef Simon ne veut pas passer à l’histoire comme « un vendu » qui transige avec les Blancs. « Mais personne ne fait rien, explique-t-il. Ça fait des centaines d’années qu’on voit nos terres se faire voler, qu’on se fait tasser, et personne n’a rien fait. Là, on a la chance en or de faire un pas vers le développement positif de notre communauté. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Le 20 mai dernier, les Mohawks ont bloqué le Parc national d’Oka par crainte d’une deuxième vague de la COVID-19.

Il y a encore des cicatrices

En avril, les Mohawks ont installé cinq barrages sur les routes menant à Oka et à Kanesetake, pour limiter l’accès au territoire en raison de la COVID-19. Puis, le 20 mai, ils ont bloqué le Parc national d’Oka par crainte d’une deuxième vague. Ces gestes ont semé l’inquiétude dans la population blanche et ravivé les souvenirs d’il y a 30 ans.

Les tensions auraient sans doute pu être évitées avec un peu plus de dialogue et de compréhension mutuelle. Car si on regarde les choses à travers les yeux des autochtones, ces gestes reflétaient leurs craintes réelles de la pandémie, corroborées par la science, en raison de leur vulnérabilité accrue au coronavirus.

Plus de la moitié des membres de notre communauté ont des problèmes de santé. Si le virus était entré chez nous, ç’aurait été un désastre.

Serge Simon, grand chef de Kanesatake

La crise d’Oka, rappelons-le, a commencé le 11 juillet 1990 lorsque la Sûreté du Québec a tenté de démanteler un barrage routier que les Mohawks avaient aménagé pour empêcher la municipalité d’Oka d’agrandir un terrain de golf sur des terres qu’ils revendiquaient. Lors de la confrontation, le caporal Marcel Lemay a été tué. L’impasse a duré 78 jours et galvanisé le combat pour les droits des autochtones dans l’ensemble du Canada.

« On n’a pas tous eu des expériences positives durant la crise d’Oka, rappelle le grand chef Simon. Et ce n’est pas juste à cause de la SQ. Nos membres se sont déchirés entre eux. Je connais des familles et des amis qui ne se parlent plus. On a vu de sérieux malaises chez nous. »

Les ingrédients d’une crise

Avec le recul, on peut dire que cette crise a été provoquée par une série de décisions qui illustraient un certain degré d’incompréhension et d’indifférence face aux enjeux autochtones.

« Tout était réuni pour une crise à Oka », affirme l’anthropologue Pierre Lepage, qui est allé derrière les barricades quelques jours avant le déclenchement du conflit.

« Kanesetake, ce n’était pas une réserve et ce ne l’est pas plus aujourd’hui. C’est un damier de 47 parcelles de terre séparées les unes des autres. C’est insensé. Cela montre bien l’état de fragilité dans lequel se trouve cette communauté. À partir de 1986, dès qu’un autochtone voulait bouger, la municipalité invoquait un règlement de zonage. Puis les blessures se sont accumulées. Les relations entre la police et la communauté mohawk sont aussi explosives. »

Ça, c’est le passé, qui a laissé ses traces encore bien visibles aujourd’hui. Mais si on regarde vers l’avenir, les choses ont-elles changé ? Y a-t-il eu des progrès ?

À un premier niveau, il y a sans doute un signe de progrès dans le fait qu’aujourd’hui, une telle crise ne surviendrait probablement pas. On a vu, par exemple, la prudence avec laquelle les autorités ont réagi à la contestation des Wet’suwet’en. On n’enverrait plus la Sûreté du Québec au front comme on l’a fait il y a 30 ans. On ne pourrait plus balayer d’un revers de main les revendications territoriales de Kanesatake parce qu’Ottawa a reconnu leur bien-fondé.

Mais sur les questions territoriales, ça n’a presque pas bougé. Au lendemain de la crise d’Oka, le gouvernement fédéral a acheté 94 maisons à des Blancs qui vivaient à Kanesetake et qui souhaitaient déménager. Depuis 2008, il discute avec le conseil de bande. Selon le chef Simon, les négociations font des progrès.

Un leadership fragile

« Le leadership de Kanesetake est très fragile. Le contrôle sur les terres n’est pas simple. Ce n’est certainement pas quelque chose qui va se régler comme ça. Je ne sais pas quel va être l’avenir », dit Pierre Lepage, qui a été agent d’éducation pendant 33 ans à la Commission des droits de la personne du Québec.

Trente ans plus tard, la société québécoise a du mal à tirer des conclusions de cette crise parce qu’on ne sait pas trop quoi faire de la question autochtone.

Sébastien Brodeur-Girard, professeur à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

« Il y a un discours qui dit que les Québécois doivent se voir comme des victimes. Or, c’est difficile de se voir comme une victime quand il y en a de plus opprimés que soi », dit Sébastien Brodeur-Girard.

Selon Raphaël Picard, ex-chef de la communauté innue de Pessamit, « les gens n’ont jamais rien compris ».

« Les gouvernements et la société en général ont encore de la misère à reconnaître que les Premières Nations ont des droits, particulièrement sur des terres. L’acceptabilité sociale, c’est bon pour les Québécois, ça n’est pas bon pour les Premières Nations, qui ont des droits constitutionnels de propriété. »

Le grand chef Simon estime que si des gains ont été réalisés, les membres de sa communauté n’en ont pas bénéficié.

« J’ai l’impression qu’on paye encore pour notre participation à la crise d’Oka, dit-il. C’est peut-être pour ça que le fédéral ne nous accorde pas les ressources pour qu’on puisse avoir notre propre corps policier. Je pense qu’ils ont trouvé une bonne tactique : utiliser nos membres, comme ceux qui prennent des terres sans le demander [les Mohawks qui exploitent des kiosques de cigarettes et de cannabis illégalement], pour pourrir l’intérieur de notre communauté. »

De petits pas

Mais des progrès, même petits, maints spécialistes en voient sur d’autres plans. En 2008, le gouvernement fédéral a reconnu avoir commis une faute en laissant les sulpiciens vendre des terrains sur lesquels les Mohawks avaient des droits. La Commission de vérité et réconciliation et l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont été mises sur pied.

« Dire que rien n’a changé, à mon avis, c’est faux, dit l’anthropologue Pierre Trudel, chargé de cours à l’UQAM en sciences politiques, qui s’est rendu derrière les barricades à quelques reprises en 1990. Les interventions policières ne sont plus ce qu’elles étaient. Il y a moins de brutalité. »

Sébastien Brodeur-Girard estime que « les choses ont commencé à bouger » il y a un an ou deux. L’ouverture envers les membres des Premières Nations est plus grande, surtout depuis l’élection du gouvernement Trudeau, même si les politiques tardent à être adoptées.

« Il reste encore beaucoup, beaucoup à faire. Mais si on compare à ce que c’était il y a seulement cinq ans, la place que les autochtones occupent sur le plan médiatique n’est pas la même. »

Né d’une mère mohawk et d’un père québécois, Patrick Gélinas, agent de développement économique à Kanesatake, constate de petits progrès, comme le regain d’intérêt pour la langue mohawk dans la communauté et une nouvelle recherche d’identité. « On sent que les gens sont plus fiers », dit Patrick, dont le nom iroquois est Tehasennake, qui veut dire deux noms.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Patrick Gélinas

Mais si l’enjeu de la réconciliation interpelle l’ensemble du Canada, il fait face à des obstacles propres à Oka.

Kanesatake compte 1500 personnes, la municipalité d’Oka, 3500. Le fait d’être au cœur des relations entre les autochtones et la société québécoise est un lourd fardeau à porter pour le chef d’une petite communauté mohawk et le maire d’un petit village. Cela pose un enjeu de leadership.

Du côté autochtone, deux conceptions s’affrontent, comme on l’a vu avec les Wet’suwet’en, où le conseil de bande élu n’est pas reconnu par les traditionalistes, qui le considèrent comme une institution coloniale. Cette faiblesse de leadership et l’absence d’un corps policier autochtone ont permis l’éclosion d’activités illicites, les cabanes de cigarettes, puis celles de cannabis, qui sont inévitablement liées au crime organisé. « Il faudrait que les traditionalistes et les membres du conseil de bande réalisent qu’ils veulent la même chose et qu’on doit travailler ensemble », croit le grand chef Simon.

Résultat : il y a plus de cabanes de cannabis sur la route 344 que de SQDC au Québec.

Du côté des Blancs, le maire d’Oka, Pascal Quevillon, n’ouvre pas beaucoup la porte. « La réconciliation, c’est une question de respect pour les deux communautés, croit-il. Il faut que la communauté de Kanesatake respecte les citoyens d’Oka, qui sont là depuis plus de 300 ans. La même chose de notre côté. C’est un respect mutuel. C’est certain que quand on parle de revendications, ça n’aide pas pour la réconciliation. On ne s’entend pas. Et je ne suis pas sûr qu’on va s’entendre un jour. »

PHOTO TOM HANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’armée a avancé vers les positions mohawks le 1er septembre 1990.

La crise en 10 dates

Voici les grandes dates de l’une des crises sociales les plus aiguës du Québec moderne, survenue à l’été 1990,

PHOTO RICHARD GODIN, ARCHIVES LA PRESSE

À l’été 1990, les Mohawks ont érigé une barricade à l’entrée d’un chemin de terre pour empêcher la municipalité d’Oka d’agrandir un terrain de golf et de construire 60 maisons sur des terres qu’ils revendiquaient.

10 juillet

Le maire d’Oka, Jean Ouellette, demande à la Sûreté du Québec (SQ) de détruire la barricade aménagée un mois plus tôt par des Mohawks à l’entrée d’un chemin de terre pour empêcher la municipalité d’agrandir un terrain de golf et de construire 60 maisons sur des terres qu’ils revendiquent.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Le caporal Marcel Lemay

11 juillet

Au petit matin, une centaine d’agents de la SQ lancent une opération dans la pinède d’Oka pour déloger les protestataires. Dans la mêlée, le caporal Marcel Lemay est tué par une balle dans la tête. Les Mohawks de Kahnawake bloquent le pont Mercier, sur la Rive-Sud, par solidarité. La SQ bloque l’accès à la municipalité, sauf pour les résidants d’Oka.

PHOTO RICHARD GODIN, ARCHIVES LA PRESSE

Le 12 juillet 1990, le ministre délégué aux Affaires autochtones du Québec, John Ciaccia, est allé derrière les barricades d’Oka.

12 juillet

Le ministre délégué aux Affaires autochtones du Québec, John Ciaccia, se rend derrière les barricades d’Oka pour entreprendre des pourparlers avec les insurgés mohawks.

8 août

Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, autorise le déploiement de l’armée à la demande du premier ministre du Québec, Robert Bourassa, et nomme un médiateur, le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Allan B. Gold.

PHOTO PIERRE CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Le 12 août 1990, le juge Allan B. Gold a obtenu une entente sur des conditions de négociation des Mohawks. Des Warriors masqués et armés se sont assis à la table pour la signer, en présence de John Ciaccia, du juge Gold et du ministre des Affaires indiennes et du Nord du Canada, Tom Siddon.

12 août

Le juge Gold obtient une entente sur des conditions de négociation des Mohawks. Des Warriors masqués et armés s’assoient à la table pour la signer, en présence de John Ciaccia, du juge Gold et du ministre des Affaires indiennes et du Nord du Canada, Tom Siddon. « Nous ne pouvons pas récrire l’histoire, déclare M. Ciaccia. Mais ce que nous pouvons faire est d’éviter dans l’avenir de répéter les erreurs de l’histoire et de pouvoir en venir à une entente pacifique dans le respect mutuel de tous ceux qui sont impliqués. »

PHOTO PIERRE CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Affrontement entre un militaire et un Warrior pendant la crise d’Oka

17 août

Les Forces canadiennes annoncent que des soldats vont relever les agents de la SQ aux barricades d’Oka et de Kahnawake. Plus de 2500 soldats ont été déployés à Saint-Benoît et à Blainville, près d’Oka, et à Saint-Rémi et Farnham, sur la Rive-Sud.

25 août

Incapables de s’entendre sur les questions de l’immunité et du dépôt des armes par les Warriors, les négociateurs gouvernementaux et les Mohawks constatent l’impasse dans les négociations. « Nous ne sommes pas des criminels. Nous défendons nos terres, nos maisons et notre peuple. Et si cela est criminel, je me demande où diable s’en va ce pays et quelle mentalité a ce gouvernement ! », lance Billy Two-Rivers, négociateur pour les Mohawks.

29 août

L’armée et les Warriors s’entendent pour le démantèlement des barricades qui obstruent les routes d’accès au pont Mercier. « Même dans la meilleure hypothèse, soit celle d’un règlement sans violence, cela va prendre des années avant qu’on efface le souvenir de ce qui s’est passé », affirme le ministre de l’Éducation, Claude Ryan.

1er septembre

L’armée avance vers les positions mohawks. Elle cerne les derniers résistants repliés dans le centre de désintoxication. La barricade d’Oka est démolie.

26 septembre

En début de soirée, les derniers insurgés déposent leurs armes après 78 jours. Les policiers arrêtent 41 personnes. Le jury ne retiendra pas les accusations portées contre eux, quelques années plus tard. Le projet d’agrandissement du golf est abandonné. « J’ai bon espoir que cette crise nous aura appris à faire montre de plus de sagesse à l’avenir, et à anticiper les sérieuses conséquences que des conflits de ce genre peuvent avoir si on les laisse s’envenimer à ce point », déclare Tom Siddon, ministre des Affaires indiennes.

Que sont-ils devenus ?

D’un côté ou de l’autre des barricades, ils ont marqué la crise d’Oka.

PHOTO SHANEY KOMULAINEN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le soldat Patrick Cloutier et le Warrior Brad Laroque se font face le 1er septembre 1990.

Patrick Cloutier

Il a eu son heure de gloire en soutenant le regard d’un Warrior masqué, sous les flashs des appareils photo, au moment où l’armée pénétrait dans le périmètre des insurgés de Kanesetake, le 1er septembre 1990. Promu par la suite caporal-chef, il est redevenu simple soldat en 1992 après avoir été condamné à 45 jours de prison pour possession de cocaïne. Deux ans plus tard, il a écopé d’une peine de six mois pour une histoire de conduite avec les facultés affaiblies ayant causé des blessures, ce qui lui a valu d’être mis à la porte de l’armée.

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

John Ciaccia en 2000

John Ciaccia

Délégué aux Affaires autochtones durant la crise d’Oka, John Ciaccia a été député libéral provincial de Mont-Royal pendant 25 ans. Il a perdu son poste quelques jours après la fin du conflit à la faveur du remaniement ministériel. « En 78 jours, j’ai vieilli d’au moins cinq ans. Tout ce qui est arrivé m’affectait au plus haut point. M’affectait personnellement. Oka, c’était devenu ma lutte à moi. Je savais très bien ce qu’il fallait faire. Je voyais qu’on ne le faisait pas par mauvaise foi, par manque de conscience, par ignorance, et ça me mettait hors de moi », avait-il confié à La Presse en juillet 2000. En 2015, il a publié La Crise d’Oka, miroir de notre âme, récit des évènements tels qu’il les a vécus. Il s’est éteint à 85 ans, en 2018.

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Le juge Allan B. Gold

Allan B. Gold

Mandaté par le premier ministre du Canada Brian Mulroney pour négocier, celui qui occupait le poste de juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Allan B. Gold, a joué un rôle important dans la conclusion de l’entente qui a permis de mettre fin à la crise d’Oka. Il s’est éteint en 2005 à l’âge de 87 ans.

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Ellen Gabriel, en février dernier

Ellen Gabriel

Alors étudiante en art à l’Université Concordia, Ellen Gabriel est devenue, à 31 ans, la porte-parole des traditionalistes mohawks. Elle occupe une grande place dans le documentaire d’Alanis Obomsawin Kanesetake : 270 ans de résistance, sorti en 1993. De 2004 à 2010, elle a été présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec et travaille aujourd’hui au centre culturel de Kanesatake.

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Ronald « Lasagna » Cross

Ronald « Lasagna » Cross

Surnommé « Lasagne », il a été le plus célèbre des Warriors d’Oka. Il s’est éteint en 1999, à l’âge de 41 ans, à la suite d’un malaise cardiaque alors qu’il travaillait sur la structure du pont Champlain. Selon sa biographe, l’avocate et écrivaine Hélène Sévigny, c’était un gars ordinaire, né à Kahnawake, d’un père mohawk et d’une mère italienne. Et contrairement à ce qu’on a longtemps cru, ce n’était pas le Warrior masqué de la célèbre photo avec le soldat Cloutier. Son rôle n’a jamais dépassé celui de figurant parmi les autres hommes armés d’Oka.

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Pays où se trouve d’importantes communautés juives

France
1,327,852
Cas Confirmés
Belgium
392,258
Cas Confirmés
Canada
231,383
Cas Confirmés
Switzerland
145,044
Cas Confirmés
Israel
313,114
Cas Confirmés

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