La féminisation de la médecine ne se dément pas

En première année de médecine à l’Université Laval en 2021, 71,3 % de la cohorte était féminine. Toutes universités québécoises confondues, les femmes représentent aujourd’hui les deux tiers des futurs médecins. Toujours surreprésentées en médecine de famille, elles investissent néanmoins de plus en plus les spécialités.

Publié à 5h00

Louise Leduc

Louise Leduc
La Presse

Sur Twitter, il y a quelques semaines, une photo publiée par la faculté de médecine de l’Université de Montréal – montrant tous les étudiants de deuxième année de médecine – témoignait en un seul coup d’œil de la féminisation de la profession.

Le DPatrick Cossette, qui est doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, mais aussi président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, note que cette féminisation des étudiants en médecine, qui a débuté dans les années 1990, semble se stabiliser.

PHOTO MÉLANIE DUSSEAULT, FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Cohorte de deuxième année de médecine à l’Université de Montréal, lors de la prise de la blouse blanche, un évènement symbolique qui a longtemps été reporté en raison de la COVID.

Depuis quelques années, en moyenne, deux futurs médecins sur trois sont des femmes, fait-il observer. Dans les universités francophones, ça dépasse par endroits 70 % selon les années, tandis que McGill est la plus proche de la parité, avec 54 % d’étudiantes et 47 % d’étudiants pour la cohorte 2021.

Aussi dans les spécialités

Là où les choses bougent, note le DCossette, c’est du côté des spécialités, qui étaient jusqu’ici des chasses gardées masculines – comme la chirurgie et l’urologie, évoque-t-il – et qui commencent aussi à attirer les étudiantes.

Outre les quelques places réservées aux Autochtones dans les facultés du Québec de façon statutaire, le genre, l’origine ou les racines ethnoculturelles des candidats ne sont pas pris en considération. Dans les facultés de médecine, « il n’y a pas de quotas », dit le DCossette.

C’est donc sur la foi de la cote R, mais aussi en fonction des entrevues réalisées avec les candidats, que les jeunes sont admis ou non dans les facultés de médecine.

La Dre Diane Francœur, gynécologue-obstétricienne et ex-présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, fait observer quant à elle que le Québec, par sa vaste majorité d’étudiantes en médecine, se distingue du reste du Canada, « où c’est assez moitié-moitié ».

Beaucoup moins attirées par le génie, les femmes se dirigent massivement en santé. Leurs dossiers sont très forts, et « elles sont très multitâches », relève la Dre Francœur.

N’empêche, elle entend encore de très bonnes étudiantes dire qu’elles ne pourront pas, comme elle, se diriger en obstétrique ou en gynécologie parce qu’elles veulent une famille. La Dre Francœur estime que c’est tout à fait possible en ayant un bon réseau. « Les hommes aussi prennent le congé parental maintenant », fait-elle observer.

Et qu’on soit homme ou femme, « si tu ne veux pas prendre ton tour de garde, tu n’as pas ta place en médecine ».

Si besoin est de le préciser, les patients sont entre de bonnes mains quand ils sont soignés par des femmes. En 2017, le Journal of the American Medical Association a publié une étude concluant que les patients hospitalisés de 65 ans et plus qui formaient l’échantillon avaient un taux de mortalité et un risque de réadmission plus faible si leur médecin traitant avait été une femme.

Selon l’hypothèse avancée par les auteurs, les femmes seraient peut-être plus enclines à respecter les protocoles et plus portées sur la prévention.

Les femmes sont surreprésentées en médecine familiale, mais elles se rapprochent beaucoup des hommes dans les spécialités aussi. La Fédération des médecins spécialistes du Québec dit compter dans ses rangs 47 % de femmes et 53 % d’hommes.

Beaucoup d’hommes parmi les gestionnaires

Isabelle Auclair, professeure au département de management de l’Université Laval et titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, Savoirs et Sociétés, a étudié la question de la féminisation de certaines professions. Pour ce qui est de la médecine, elle fait observer que si, numériquement, les femmes sont maintenant plus nombreuses, voire majoritaires dans certaines spécialités, elles demeurent encore largement dirigées par des hommes, toujours beaucoup plus nombreux à être gestionnaires.

Ce n’est pas normal, dans une organisation où l’on devient de plus en plus féminisé, d’avoir un homme comme chef de département, un homme comme chef de service et que le directeur de programme soit un homme alors que nous avons seulement des femmes qui suivent le programme.

Médecin ayant participé à une étude de 2016 sur la féminisation des professions citée par Isabelle Auclair, professeure au département de management de l’Université Laval

Les médecins interrogées aux fins de ses recherches ont amené Mme Auclair à constater que « la double injonction de performance pèse lourd sur les femmes. On parlera de la culture de performance dans le domaine médical, mais aussi de la performance en lien avec les attentes genrées de soins des autres, dont la parentalité ». C’est d’autant plus le cas, indique-t-elle, que l’organisation du travail reste essentiellement la même que du temps où les médecins avaient une épouse à la maison.

En même temps, la conciliation travail-famille n’a-t-elle pas certaines limites dans la mesure où certaines spécialités sont très pointues et qu’il peut y avoir des urgences… très urgentes ? Certes, dit Mme Auclair, mais dans plusieurs cas, « des systèmes de remplacement pourraient être mis en place de façon beaucoup plus large que ce qui est fait actuellement ».

En savoir plus

  • 12 002
    Nombre de médecins actifs qui sont des femmes

    10 475
    Nombre de médecins actifs qui sont des hommes

    Source : Collège des médecins, données au 31 décembre 2021

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