La Presse en Malaisie | Le coût humain des gants à bas prix

La pandémie a fait exploser la demande pour les gants jetables, dont le Canada importe des milliards d’exemplaires annuellement. Des producteurs asiatiques ont fait fortune, mais certains ont ensuite été accusés d’avoir recours au travail forcé dans leurs usines. La Presse est allée à la rencontre de travailleurs qui sacrifient leur liberté et leur santé pour fabriquer les équipements de protection dont nous avons tant besoin.

Publié à 5h00

Textes : Vincent Larouche

Textes : Vincent Larouche
La Presse
Photos : Olivier Jean

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La Presse

(Klang, Malaisie) Des employés pressés comme des citrons

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

L’usine de fabrication de gants Top Glove à Klang, en Malaisie. La demande pour les gants en nitrile ou en latex a explosé en raison de la COVID-19, et la Malaisie assure à elle seule les deux tiers de la production mondiale.

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque Ganesh* s’assoit, affamé et fourbu après son quart de nuit. Il sort un téléphone de sa poche et exhibe la photo d’un enfant rieur. C’est son fils, conçu la seule fois où il a pu s’absenter de l’usine, en neuf ans de travail. Il ne l’a jamais rencontré.

Car mis à part cet unique congé pour retourner dans son pays visiter sa femme, Ganesh a passé la décennie à faire une seule chose : travailler. Il s’est éreinté sans relâche, 12 heures par jour, 6 jours par semaine, parfois plus, pour un salaire de base d’environ 1,25 $ CAN l’heure.

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Ganesh montre l’image de son fils de trois ans qu’il n’a encore jamais rencontré.

Bientôt, ce rythme infernal prendra fin et il pourra finalement rencontrer son garçon. « J’avais un contrat de dix ans. Dans un an, j’ai fini et je retourne chez moi », lance le travailleur. Ses yeux s’illuminent lorsqu’il parle de l’enfant de 3 ans. Il dit avoir déjà l’impression de le connaître, grâce aux appels vidéo sur son cellulaire.

Le jeune père de 25 ans originaire du Népal fait partie des 70 000 travailleurs migrants qui s’échinent dans les usines malaisiennes de gants jetables. Ils occupent les postes d’ouvriers dont les travailleurs locaux ne veulent pas. La demande pour les gants en nitrile ou en latex a explosé en raison de la COVID-19, et la Malaisie assure à elle seule les deux tiers de la production mondiale.

Le Canada a importé pour 800 millions de dollars de gants malaisiens en 2021, soit quatre fois plus qu’avant la pandémie. L’écrasante majorité des gants utilisés dans les secteurs de la santé, de l’alimentation et de l’entretien ménager vient de ce pays d’Asie du Sud-Est, qui a su dominer le marché grâce à deux atouts clés : son accès aux matières premières comme le caoutchouc et sa proximité avec plusieurs pays pauvres extrêmement populeux, qui lui servent de réservoirs inépuisables de main-d’œuvre bon marché.

Car si la Malaisie arrive à exporter des centaines de milliards de gants au prix imbattable de 2 ou 3 cents l’unité, c’est parce que les travailleurs comme Ganesh ne reçoivent presque rien pour leur labeur. Au point où, depuis deux ans, plusieurs fabricants sont accusés par le gouvernement américain et des ONG d’avoir recours à une forme « d’esclavage moderne ».

Rencontre en catimini

L’enclave industrielle de Klang, en périphérie de Kuala Lumpur, a des airs de tour de Babel. Des autobus y déposent devant les dortoirs des vagues sans fin de travailleurs migrants épuisés. Des Népalais avec leur polo bleu de chez Top Glove, des Indiens avec leur polo vert de chez Smart Glove, des Indonésiens avec leurs polos jaunes de chez Maxter Glove.

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Travailleurs de l’usine Top Glove

Ganesh et son ami Kamal, 24 ans, ont accepté de rencontrer La Presse pour témoigner de leurs conditions de travail. Le rendez-vous a lieu dans un bar glauque, au deuxième étage d’un immeuble défraîchi du secteur, hors des heures d’ouverture.

Les chaises demeurent montées sur les tables pour créer un paravent et soustraire les ouvriers à la vue d’un potentiel client égaré qui ferait irruption dans l’établissement. D’autres travailleurs ont déjà perdu leur emploi pour s’être plaints. Dix collègues de travail devaient témoigner dans le cadre de cette entrevue, mais Ganesh et Kamal sont les seuls qui se sont présentés. Les autres ont pris peur à la dernière minute.

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Ganesh et Kamal

Les deux amis travaillent chez Top Glove, le plus important fabricant de gants jetables au monde. Un géant dont la capacité de production annuelle dépasse 100 milliards d’unités. La Caisse de dépôt et placement du Québec, l’assureur Canada Vie et un fonds d’investissement du Mouvement Desjardins sont ou ont été actionnaires minoritaires de la société cotée en Bourse, qui exporte une partie de ses gants au Canada.

Son fondateur, Lim Wee Chai, est assis sur une fortune évaluée à 3,5 milliards de dollars américains, selon le classement du magazine Forbes. Il fait partie des quatre milliardaires malaisiens qui doivent leur fortune à l’industrie du gant jetable, dont deux ont atteint ce statut à la faveur de la pandémie. (La participation de la Caisse de dépôt dans Top Glove diminue depuis des années et ne représentait plus que 200 000 $ aux dernières nouvelles. Celle du fonds Desjardins a été prise en avril par un sous-gestionnaire après la réception de réponses jugées satisfaisantes sur les pratiques d’emploi. Canada Vie n’a pas répondu à nos questions).

Tous les prétextes sont bons

Ganesh raconte qu’il était adolescent lorsqu’un recruteur est venu dans son village solliciter de la main-d’œuvre. En échange de frais de recrutement remboursables sur plusieurs années, l’homme lui a trouvé un emploi en Malaisie, à 3000 km de chez lui. Depuis, sa vie se divise entre l’usine et un dortoir entouré d’une grille de fer.

« Il faut travailler fort. Si tu arrêtes, ils vont se fâcher », dit-il en engloutissant une assiette de curry.

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Ganesh

Quand tout va bien, les travailleurs peuvent envoyer l’équivalent de 300 $ CAN par mois à leur famille. C’est ce qui leur reste après avoir payé le dortoir et la cantine.

Mais tous les prétextes sont bons pour amputer leur paie. Ganesh a d’abord dû rembourser les frais de recrutement, avec intérêts. Il a aussi découvert que des déductions étaient imposées à ceux qui s’attardaient trop aux toilettes, bavardaient sur la chaîne de production, oubliaient de ranger leur couchette, perdaient un morceau d’uniforme, rataient les cibles de productivité, tombaient malades, se blessaient.

S’il n’a visité sa famille qu’une seule fois, c’est qu’il n’avait pas les moyens de prendre congé. « Quand on part, il faut payer le billet d’avion et le dépôt qu’on doit laisser à l’entreprise pendant notre absence », explique-t-il, résigné.

Kamal, de son côté, fait vivre six personnes au Népal avec son salaire : son père, sa mère, ses trois frères et sa sœur.

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Kamal

« On n’avait pas d’argent, donc je suis venu ici. J’essaie de gagner des sous pour que mes frères et sœurs puissent aller à l’école », dit-il. Son père part parfois travailler sur des chantiers en Inde pour quelques mois, mais ne revient jamais avec beaucoup d’argent. « Il ne fait presque pas d’argent », observe le jeune homme.

Allégations d’esclavage moderne

En mars 2021, les autorités américaines ont interdit l’importation des produits de Top Glove et ordonné leur confiscation à la frontière en raison d’allégations « d’esclavage moderne » dans les usines du groupe. Des témoignages faisaient état d’heures supplémentaires excessives, de confiscation de passeports, de logements inadéquats et de frais de recrutement onéreux, qui plaçaient certains travailleurs en situation de « servitude pour dette » : incapables de rembourser le recruteur, ils se retrouvaient forcés de travailler indéfiniment.

  • Dortoir de l’usine de gants Top Glove

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    Dortoir de l’usine de gants Top Glove

  • Travailleurs de l’usine de Top Glove

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    Travailleurs de l’usine de Top Glove

Acculée au mur, l’entreprise a annoncé des correctifs. Elle a aidé les ouvriers à rembourser les dettes de recrutement qui les enchaînaient à leur emploi, amélioré les dortoirs et réduit les heures supplémentaires. Les États-Unis ont levé l’interdit d’importation en septembre dernier, mais d’autres fabricants malaisiens ont été ajoutés à la liste noire depuis, pour des motifs similaires.

La direction de Top Glove a refusé de nous accorder une entrevue si nous ne dévoilions pas le nom de chaque personne interviewée pour ce reportage, ce que nous avons refusé de faire. Mais les deux employés rencontrés par La Presse confirment que leurs conditions se sont améliorées récemment.

« C’est mieux que c’était », assurent-ils.

« Avant, il y avait des travailleurs qui se faisaient battre par des patrons. Maintenant, ce sont seulement les travailleurs qui se tapent entre eux », lance Kamal avec un trait d’humour noir.

Mais encore aujourd’hui, leur vie est presque uniquement faite de travail. Le dimanche, ils peuvent jouer un peu au cricket ou au badminton, mais la journée est surtout faite de « repos, repos, repos », explique Kamal, en posant sa tête sur ses mains jointes pour mimer une personne qui dort.

Paradoxalement, Kamal est mitigé face à l’augmentation récente des moments de repos chez Top Glove. Avec six bouches à nourrir à la maison, il serait prêt à travailler jusqu’à l’épuisement pour gonfler sa paie.

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Kamal

« Ils ont mis un maximum de deux heures supplémentaires par jour, mais j’en voudrais plus », dit-il.

Une affirmation qui ne surprend pas Suriya Doraisamy, coordonnatrice du Centre de ressources pour les migrants au Malaysian Trade Union Congress, la plus grande fédération syndicale du pays.

Quand les syndicalistes réclament le respect des lois du travail et une journée de congé par semaine aux travailleurs, certains protestent, dit-elle.

« Le salaire de base n’est pas suffisant. Quand on conteste les heures excessives, ils disent : “Tu m’enlèves mon bol de riz !” Ils ont besoin de cet argent et ils sont prêts à travailler des doubles quarts de travail », explique la militante.

Coup de karaté

Le dilemme est le même au groupe Brightway, un autre manufacturier qui exporte ses gants vers le Canada. Devant une usine du groupe à Klang, deux travailleurs suent à grosses gouttes. Ils acceptent de parler discrètement, cachés par le mur d’enceinte.

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L’usine Brightway, à Klang, en Malaisie

Leur employeur a été sanctionné par le ministère malaisien du Travail pour avoir confiné les migrants dans des dortoirs surpeuplés. Il a aussi été placé sur la liste noire américaine des entreprises soupçonnées d’avoir recours au travail forcé, le 20 décembre. Les ventes ont plongé et l’entreprise tente aujourd’hui de rebâtir sa réputation (voir autre texte).

Abdul, un travailleur bangladais arrivé en Malaisie il y a 15 ans, constate des améliorations. À ses débuts, il avait dû payer l’équivalent d’une dizaine de mois de salaire à un recruteur. Il dit avoir vu des passeports disparaître, des travailleurs enfermés, des semaines de travail de sept jours avec interdiction de prendre congé, des ouvriers forcés de payer l’employeur pour avoir droit à des vacances. Mais les derniers mois ont été bons, dit-il.

Ça s’est amélioré. En ce moment, il n’y a pas de punitions ou de réprimandes des patrons. Avant, il y a des gars qui se faisaient pousser, frapper.

Abdul, travailleur d’origine bangladaise

« Ou bien ils se faisaient faire un coup de karaté », ajoute-t-il en fendant l’air du tranchant de la main.

À ses côtés, son collègue Mohamed n’est pas si sûr. Arrivé du Bangladesh il y a 22 ans, il n’est retourné chez lui que trois fois pour voir sa femme et ses deux fils, à qui il envoie toute sa paye chaque mois. Les coups, les interdictions de congé, les mauvais dortoirs, il s’en fiche.

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Relevé de paie exhibé par Mohamed

Il exhibe son relevé de paie et regarde le montant inscrit en bas du petit papier blanc. C’est tout ce qui compte pour lui. La réduction récente de la semaine de travail de 72 heures à 60 heures lui laisse un goût amer.

« Avant, on pouvait travailler continuellement, mais maintenant, on fait moins d’argent », déplore-t-il.

*Les noms des travailleurs ont été changés afin de protéger leur identité.

Ce reportage a été réalisé en partie grâce à une bourse du Fonds québécois en journalisme international.

Une entreprise défend ses pratiques

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Usine de gants Brightway, à Klang en Malaisie

De loin, l’usine de gants jetables du groupe Brightway semble fonctionner à plein régime. Des centaines de mains en céramique blanche virevoltent dans tous les sens, dans un ballet étourdissant. Mais de proche, un détail devient évident : la majorité des machines tournent à vide.

Seule une chaîne de production sur cinq continue de pondre à un rythme régulier des petits gants d’examen mauves, bleus ou blancs. Les gabarits en céramique plongent dans une solution nettoyante, puis dans un liquide coagulant, puis dans un bassin de nitrile liquéfié. Ils passent dans un four, sont rincés à l’eau, puis un compresseur souffle un jet d’air pour gonfler le gant qui a séché à leur surface. Des ouvriers retirent le produit et le lancent dans une sécheuse géante avant de l’emballer.

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Chaîne de production à l’usine de gants Brightway, à Klang

Les autres chaînes ne produisent rien pour l’instant, mais l’entreprise malaisienne continue de les faire rouler en attendant une reprise de la demande, pour éviter les coincements, la corrosion ou les bris mécaniques.

Les six usines du groupe Brightway ont vu leurs commandes s’effondrer en décembre lorsque les autorités américaines ont ajouté l’entreprise à leur liste noire des manufacturiers soupçonnés d’avoir recours au travail forcé. Le marché américain leur est devenu inaccessible du jour au lendemain. Elles ne fonctionnent plus qu’à 20 % de leur capacité.

« Ils disent qu’ils veulent protéger les travailleurs, mais maintenant, la production est presque arrêtée et ils ne travaillent plus. Ce n’est pas mieux ! », s’indigne Govindasamy Baskaran, directeur général du groupe Brightway, en entrevue avec La Presse.

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Govindasamy Baskaran, directeur général du groupe Brightway

« Si on est sur cette liste, tout le monde devrait y être », peste l’homme d’affaires, en référence à ses concurrents.

D’autres entreprises qui ont été montrées du doigt par les autorités américaines par le passé et qui exportaient massivement leurs produits vers le Canada, comme Top Glove et Supermax, ont refusé une rencontre avec La Presse dans le cadre de ce reportage.

Le groupe Brightway est le seul à avoir ouvert ses portes. L’entreprise est plus petite et n’a pas la capacité de survivre longtemps à un tel coup dur. Elle dit n’avoir rien à cacher et espère démontrer sa bonne volonté à ses clients canadiens qui ont cessé de s’approvisionner auprès d’elle dans la foulée des allégations, comme le géant Ansell, établi à Cowansville, et BioNuclear Diagnostics, un fournisseur du gouvernement fédéral.

« Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de failles », concède M. Baskaran, qui employait 1200 personnes jusqu’à récemment. Il admet que les travailleurs ont été confinés dans leurs dortoirs au début de la pandémie. Pour certains, c’était de la séquestration pure et simple.

Ça n’aurait pas dû arriver. On n’a eu aucun cas de COVID-19, par contre.

Govindasamy Baskaran, directeur général du groupe Brightway

Pas inquiet de voir la production revenir en Amérique du Nord

L’homme d’affaires répond à chaque accusation. Des travailleurs étaient incapables de rembourser les frais de recrutement payés dans leur pays d’origine, ce qui les forçait à continuer de travailler indéfiniment ? M. Baskaran blâme les agents recruteurs dans les pays étrangers. Son entreprise a d’ailleurs accepté de rembourser les dettes de ses employés et s’assurera désormais que personne ne paie pour venir travailler.

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Pancarte devant l’usine de gants Brightway

Des ouvriers déplorent qu’on ait confisqué leur passeport ? « C’était pour procéder au renouvellement de leurs permis de travail », répond-il.

Des déductions injustifiées ont été recensées sur les paies ? « Plusieurs travailleurs ne viennent pas travailler, ils boivent, se battent et prennent de la drogue, nous devons faire de la discipline », prétend-il.

Il déplore que l’opprobre qui frappe les producteurs malaisiens favorise la montée des usines chinoises, auxquelles aucun observateur indépendant n’a accès.

Mais il n’a aucune crainte de voir un jour les Occidentaux rapatrier la production chez eux en réaction à la crise actuelle. Les Européens et les Nord-Américains ont beau pousser les hauts cris devant les conditions de travail en Malaisie, ils n’iront pas jusqu’à se bâtir leurs propres usines.

« Ce serait très coûteux. Les salaires là-bas sont trop élevés », dit-il.

« L’industrie va devoir s’adapter »

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Yeah Kim Leng, professeur d’économie à l’Université Sunway de Kuala Lumpur

Pourquoi la production mondiale de gants est-elle aussi concentrée en Malaisie ? Les allégations de travail forcé vont-elles changer la donne ? La Presse a rencontré Yeah Kim Leng, professeur d’économie à l’Université Sunway de Kuala Lumpur, pour faire le point sur la question.

Q. Comment la Malaisie est-elle devenue le premier producteur mondial de gants jetables ?

R. Dans les années 1960 et 1970, notre plus grosse ressource agricole était le caoutchouc, ce qui a favorisé le développement des usines de gants. Plusieurs entrepreneurs se sont lancés dans ce commerce. Et quand le latex a été remplacé par des produits synthétiques, l’industrie était déjà là. Nous avions aussi accès à une autre matière première importante, le pétrole.

Q. Pourquoi les usines emploient-elles uniquement des travailleurs migrants ?

R. Ça reflète la structure de l’économie. Le chômage est bas, à 4,6 %, et il était à 3,5 % avant la pandémie. Nous avons plusieurs industries qui sont boudées par les Malaisiens. Et les pays en surplus de main-d’œuvre sont partout autour : Indonésie, Cambodge, Népal, Bangladesh…

  • Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

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    Dortoir de l’usine de gants Brightway, à Klang

  • Douches d’un dortoir de l’usine Brightway

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    Douches d’un dortoir de l’usine Brightway

Q. Les allégations de mauvais traitement vont-elles nuire à l’industrie ?

R. Le travail forcé est un enjeu de longue date, mais il n’était pas dénoncé autrefois. Maintenant, l’industrie va devoir s’adapter et s’améliorer pour satisfaire les demandes du marché. Le gouvernement est très préoccupé par l’incapacité de l’industrie à se conformer aux standards, car cela pourrait signifier la perte de l’accès à certains marchés.

Q. Que devraient faire les fabricants ?

R. Présentement, ils profitent des profits à court terme, la pandémie a été une aubaine pour eux. Mais si j’étais eux, je réinvestirais pour développer davantage l’automatisation de la production et réduire les besoins en main-d’œuvre.

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