Le populiste, le multiculturaliste et le membre de l’élite

Il ne manquait pas de révélations intimes mercredi soir au premier débat officiel de la course à la direction du Parti conservateur.

Publié à 6h00

On en a appris sur les goûts musicaux, les lectures de chevet et les séries télé préférées des candidats. Le temps s’est malheureusement écoulé avant qu’on sache qui était de type toasts ou bol de céréales.

Mais malgré les questions parfois bizarres et le format qui étouffait les échanges, le débat a permis de mieux connaître les six prétendants. Trois ont une chance raisonnable de gagner : Patrick Brown, Jean Charest et le meneur présumé, Pierre Poilievre. Et entre eux, le contraste est frappant.

Les membres du parti ont un réel choix, et il sera important. Après trois victoires, les libéraux sont usés par le pouvoir. Le vainqueur de cette course pourrait devenir premier ministre.

L’affrontement se fait entre un populiste, un multiculturaliste et un membre de l’élite.

Le populiste, Pierre Poilievre, a montré deux facettes de lui-même.

La pire a attiré l’attention. Il accuse le gouvernement Trudeau et la Banque du Canada d’avoir provoqué (« set up ») une crise de la dette. Comme si leur plan secret était de volontairement nuire aux Canadiens, par sadisme, je présume. Après avoir récemment qualifié le gouverneur de la Banque, Tiff Macklem, d’« illettré financier », il a promis de le congédier.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada

Son mandat doit durer jusqu’en 2027, et il ne peut être dégommé arbitrairement. Comment M. Poilievre procéderait-il ? Il ne le dit pas. C’est dangereux. Si notre politique monétaire obéit aux caprices imprévisibles du parti au pouvoir, les investisseurs iront ailleurs. Et contrairement à ce que prétend M. Poilievre, spéculer sur le bitcoin, qui a perdu 20 % de sa valeur depuis un mois, ce n’est pas une méthode recommandable pour se protéger de l’inflation.

M. Poilievre aime les slogans. Ses phrases sont courtes et elles riment. Mais sur certains sujets, il a fait preuve d’une étonnante sagesse. Il ne veut pas abolir la gestion de l’offre – indemniser les agriculteurs coûterait trop cher. Il hausserait le budget des Forces armées, sans toutefois viser la cible de l’OTAN de 2 % du PIB – cela creuserait le déficit et, de toute façon, la bureaucratie empêche de dépenser toute l’enveloppe actuelle. Il ne prônerait pas non plus une interdiction de vol au-dessus du territoire ukrainien – cela provoquerait une escalade avec la Russie.

M. Poilievre sait que ses promesses pourraient le hanter au pouvoir, alors il se garde de lancer des idées inapplicables. Parfois, du moins.

Voilà un homme qui a un petit diable sur son épaule en train de débattre avec sa conscience.

Patrick Brown n’a pas de position sur la gestion de l’offre. Il accepterait d’engager l’OTAN dans une guerre aérienne en Ukraine. Il s’engage à adopter chacune des 94 recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, et ajoute que cela aiderait à construire de nouveaux oléoducs, en présumant que les Premières Nations y seront favorables.

PHOTO JEFF MCINTOSH, LA PRESSE CANADIENNE

Patrick Brown, candidat à la direction du Parti conservateur du Canada, lors du débat en anglais organisé mercredi par le parti

Le gouvernement Trudeau va battre son record en accueillant plus de 400 000 immigrants par année. M. Brown est le seul à en proposer plus. Selon lui, ce serait nécessaire pour combattre la pénurie de main-d’œuvre. Or, plusieurs économistes ont démontré qu’une hausse générale du nombre de nouveaux arrivants aurait un effet très faible*.

M. Brown courtise les minorités religieuses. Il parcourt le pays pour les rencontrer dans leurs lieux de culte, en leur parlant à titre de croyant plutôt que de citoyen, en espérant de leur part un vote communautaire. Au débat, il a résumé ainsi son plan : créer « une coalition multireligieuse et multiculturelle ». Avant même la campagne, il voulait utiliser les fonds publics des Ontariens pour attaquer la loi caquiste sur les signes religieux.

Il a essayé de dépeindre M. Poilievre en raciste, en évoquant ses « politiques discriminatoires ». Vrai, le député albertain a déjà insulté les Premières Nations en leur demandant de valoriser l’effort… Mais M. Poilievre n’est pas xénophobe. Même s’il partage le goût de Donald Trump pour les sophismes rageurs, il pratique un autre style de populisme.

Jean Charest se présente comme le mieux placé pour réconcilier les Prairies avec le reste du Canada. C’est une stratégie qui serait plus appropriée pour des élections générales que pour une course à la chefferie conservatrice. Ce ne sont pas les indécis et les libéraux déçus qui éliront le prochain chef conservateur.

Pour gagner, M. Charest aura besoin de vendre une quantité spectaculaire de cartes de membre à des gens qui voteront pour lui. Car au sein du parti, le vent se lève contre les élites, et il souffle contre son visage.

M. Charest a essayé de mettre de l’avant des idées concrètes, comme une participation en capital des Premières Nations dans des projets de ressources naturelles ou encore l’ouverture de deux bases militaires dans l’Arctique. Il mise sur son expérience, mais c’est également sa faiblesse. Son bilan comme premier ministre le force à faire de laborieuses contorsions. Si on a confiné les gens durant la pandémie, c’est à cause de la fragilité du réseau de la santé, déplore-t-il. Sauf qu’après une décennie à la tête du Québec, il en porte au moins une petite part de responsabilité. Sa nouvelle solution est de modifier la Loi canadienne sur la santé pour donner plus de place au privé.

Il a attaqué M. Poilievre pour l’ambiguïté de sa position sur l’avortement. En fait, elle est claire. Le député ontarien est pro-choix. Son gouvernement ne toucherait pas à l’avortement. Il permettrait aux députés de déposer un projet de loi, mais il ne l’adopterait pas.

M. Charest est un redoutable débatteur, mais M. Poilievre l’est tout autant. Jugez-en par vous-même.

Après avoir exhorté Stephen Harper en 2009 à devenir un leader pour le climat, M. Charest promet maintenant d’être le champion des énergies fossiles et d’alléger la tarification du carbone des libéraux. Selon lui, cela peut se faire tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Comment ? Il a simplement mentionné l’énergie nucléaire, les biocarburants, l’hydrogène et la capture du carbone. Il faudra attendre pour les détails.

Au Parti conservateur, personne ne le lui reprochera. Chaque candidat a la même stratégie : proposer plus de pétrole, de gaz et d’oléoducs, puis finir sa phrase en parlant de plus en plus vite et de moins en moins fort, avec une formule convenue comme « etnousallonslefairedanslerespectdel’environnementbiensûr »…

À ce sujet au moins, chez les conservateurs, l’unité règne.

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