Main-d’œuvre indépendante | Dubé veut s’affranchir des agences d’ici moins de trois ans

(Québec) Critiqué pour l’absence de cibles et d’échéancier dans son Plan santé, Christian Dubé se donne maintenant pour objectif de sevrer le réseau public des agences de placement d’ici moins de trois ans. Pour y arriver, il entend fixer des cibles par régions devant l’incapacité de certains établissements de s’en priver.

Publié à 5h00

Fanny Lévesque

Fanny Lévesque
La Presse

« Je veux me libérer des agences au cours des prochaines années, mais je veux respecter le fait que c’est un plus gros problème dans les régions », a expliqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, en entrevue avec La Presse.

Interrogé sur l’échéancier, M. Dubé affirme que ce sera chose faite en moins de trois ans. « Il y a des places où ça va être plus rapide que ça », tranche-t-il.

Je pense qu’il va falloir qu’on regarde ça par régions. Ça va être beaucoup plus simple de faire ça à Montréal qu’en Abitibi ou sur la Côte-Nord.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Christian Dubé, qui a présenté fin mars son plan de redressement du réseau de la santé, rappelle que sa sous-ministre à la Santé, Dominique Savoie, planche sur un plan détaillé de décentralisation et de réorganisation du travail. « Par régions, je pense qu’on va se donner des objectifs bien précis », a fait savoir le ministre.

Le cas du CISSS de la Côte-Nord

La Presse a visité le CISSS de la Côte-Nord, où le recours aux agences a littéralement explosé au cours des dernières années. Une tendance amorcée bien avant la pandémie. L’établissement anticipe pour l’année à venir un déficit budgétaire de 65 millions, dont « 65 à 70 % » attribuable à la main-d’œuvre indépendante.

Des départements entiers de l’hôpital de Sept-Îles ne pourraient pas fonctionner sans recourir aux agences.

Le CISSS de la Côte-Nord multiplie les interventions auprès du MSSS pour cerner des solutions propres aux régions. L’Abitibi-Témiscamingue est aussi particulièrement affectée par le manque de main-d’œuvre. La plupart de ces tentatives sont d’ailleurs menées de concert avec d’autres établissements de régions éloignées.

Ils ont notamment levé la main l’automne dernier, lorsque le ministre Christian Dubé a demandé à tous les PDG de lui soumettre au 1er décembre un plan pour s’affranchir des agences. « On a dit que pour nous, ce n’était pas une possibilité », explique la présidente-directrice générale du CISSS de la Côte-Nord, Manon Asselin.

L’une des pistes explorées sur la Côte-Nord est la création d’une agence publique de main-d’œuvre, qui, un peu comme une agence privée, compterait sur un bassin de travailleurs capables de dépanner les régions.

Une option à laquelle Christain Dubé se dit « ouvert ».

« Ce sont des choses qu’on va regarder avec Mme Savoie », précise le ministre. « Je suis ouvert à ça parce qu’un des enjeux, c’est que la main-d’œuvre indépendante à Sept-Îles n’est pas locale, elle vient de Montréal. Alors, tant qu’à déplacer les gens là-bas […], pourquoi ça ne serait pas des employés du gouvernement ? »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Savoie, sous-ministre du ministère de la Santé et des Services sociaux

Moins de 2 % des travailleurs d’agence qui œuvrent au CISSS de la Côte-Nord proviennent de la région. Si on abolit le recours aux agences d’un coup, « j’ai 98 % de cette main-d’œuvre qui repart dans les grands centres », illustre Manon Asselin, qui admet que les effets seraient « désastreux » sur les services.

« Tout est sur la table », dit le ministre

Selon le CISSS de la Côte-Nord, le réseau public « gagnerait » à offrir plus de souplesse aux travailleurs de la santé s’il instaurait des conditions similaires à celles des agences. La possibilité de choisir ses horaires, par exemple, ou de « faire des blitz » dans différents secteurs, énumère le directeur des ressources financières, Jean-Philippe Comtois.

L’établissement a aussi proposé au MSSS de permettre à des travailleurs du réseau de faire du navettage, ce qu’il est convenu d’appeler du fly-in, fly-out, dans les endroits plutôt isolés du territoire comme sur la Basse-Côte-Nord.

« En ce moment, tout est sur la table », répond le ministre à ces propositions. « Mais il faut comprendre notre grande vision [de notre Plan santé], et c’est de devenir un employeur de choix, alors ça va me guider dans [mes décisions] », ajoute Christian Dubé, qui espère ramener des travailleurs dans le public.

M. Dubé dit vouloir changer l’environnement de travail du réseau en misant sur la conciliation travail-famille et en implantant une gestion locale des horaires. Un projet pilote dans chaque établissement doit d’ailleurs être déployé. Il veut aussi regarnir le réseau de gestionnaires locaux responsables des horaires.

Réactions de l’opposition

La fin du TSO réclamée

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Monsef Derraji, député libéral de Nelligan

Selon le Parti libéral du Québec, la solution pour diminuer le recours aux agences passe inévitablement par l’abolition du « temps supplémentaire obligatoire » (TSO) et l’amélioration des conditions de travail qui sont à l’origine de la fuite des infirmières du réseau vers le privé. « Ce qui m’inquiète énormément, c’est le temps supplémentaire obligatoire. Si le gouvernement ne s’assoit pas avec la FIQ [syndicat infirmier] pour trouver des solutions pour l’attractivité, pour les conditions de travail pour qu’on gère l’horaire localement, on va avoir ce problème pour des années. […] Le gouvernement frappe un mur avec la pénurie de main-d’œuvre », estime le député Monsef Derraji. Il faut par ailleurs redonner plus de pouvoir aux régions et cesser le « mur-à-mur » en leur permettant de cerner et de déployer les solutions qui leur conviennent. Une proposition qui fait écho à la Charte des régions présentée en avril par la cheffe libérale, Dominique Anglade.

Pour un « statut particulier »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Émilise Lessard-Therrien, députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

La députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, connaît bien les effets néfastes du recours aux agences privées, alors que la situation est particulièrement difficile au CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue. « C’est un fléau », lance l’élue solidaire. Sa formation politique a d’ailleurs présenté un plan pour se sevrer des agences sur trois ans. Un objectif qui tient la route même dans les régions éloignées, croit-elle. « C’est réaliste à partir du moment où on se donne les conditions pour y arriver […] Nous, on revendique un statut particulier pour ces régions-là », illustre-t-elle. Ce statut pourrait autoriser le CISSS à obtenir un soutien financier pour mettre en place des mesures de rétention et d’attraction du personnel, qui seraient « modulées selon les besoins régionaux ».

Une échéance à fixer

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois

Le Parti québécois propose d’abolir le recours aux agences en se fixant d’abord une date d’échéance. « Pour arriver à cet objectif-là de ramener cette dépense d’un milliard à zéro [coût du recours aux agences pour l’ensemble du réseau en 2020-2021], il faut mettre des moyens en place, mais pourquoi ne pas fixer l’objectif pour forcer l’État et les CISSS à l’atteindre ? », se demande le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau. Sa formation reproche d’ailleurs au ministre Christian Dubé de ne pas établir d’échéancier clair pour atteindre ses cibles. « Je pense qu’on n’y arrivera pas si on ne signifie pas aux travailleurs d’agence qu’on veut les réintégrer au réseau et qu’à partir d’une certaine date, ils n’auront plus l’option de travailler dans le réseau », ajoute-t-il. Le Parti québécois dévoilera d’ailleurs « dans quel espace-temps » il compterait y arriver d’ici quelques semaines, ainsi que ses propositions pour améliorer les conditions de travail dans le secteur.

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