Meurtres de Lola et Vanesa : « Il faut en parler aux enfants, rappeler les règles de sécurité sans créer de psychose »

A un mois d’intervalle, deux collégiennes qui sortaient de leur établissement scolaire après les cours, en pleine journée, un vendredi, ont été enlevées et tuées par des personnes qu’elles n’avaient jamais vues de leur vie. Les meurtres de la jeune Lola, à Paris, le 14 octobre dernier, et celui de Vanesa, à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, la semaine dernière, ont choqué une grande partie des Français.

Au fil des reportages, les témoignages de parents et d’adolescents se sont multipliés pour exprimer l’horreur de crimes sordides et incompréhensibles. Mais aussi leur sentiment que cela aurait pu être « eux ». Car comme l’a rappelée la mère de Lola lors de la marche blanche en hommage à sa fille, « Lola, c’est aussi la sœur, la fille, la petite-fille de toutes les Françaises et de tous les Français. Chacune, chacun d’entre nous s’est senti personnellement atteint, blessé ».

« Cela met en perspective le fait que cela peut arriver à mon enfant »

Une identification qui n’est pas sans conséquence sur l’anxiété que peuvent ressentir les jeunes, mais aussi leurs parents. « On a tous dans le coin de la tête que cela peut arriver, c’est pour cela que dès le plus jeune âge on leur apprend à ne pas monter dans une voiture [d’un inconnu], à être prudents. Mais quand on est en 6e ou en 5e, on est un peu plus naïfs que lorsqu’on est lycéen, on ne pense pas à la malveillance. Ces faits divers, et leur enchaînement, font rejaillir en nous toutes les angoisses que l’on peut avoir, ça met en perspective le fait que cela peut arriver à mon enfant, que ça peut m’arriver », reconnaît Isabelle Fery, porte-parole de la fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP).

Pour cette responsable associative, difficile donc de ne pas se projeter. D’autant plus lorsque le drame est arrivé dans son village, dans son établissement. Lundi matin, à Tonneins, les parents étaient plus nombreux à accompagner leurs enfants au collège de Germillac, ces derniers évoquant leur peur de faire désormais le trajet seul. Des appréhensions que certains d’entre eux ont pu exprimer ce jour-là avec les psychologues de la cellule psychologique mise en place par l’Education Nationale au sein du collège. « Il y a eu des pleurs, de l’émotion, il y a des questions », a expliqué Anne Bisagni-Faure, la rectrice de l’académie de Bordeaux qui a assuré que ce dispositif resterait ouvert « autant de jours que de besoins ».

Pour ne pas laisser les parents seuls avec leur colère, leurs appréhensions, la mairie de ce village de 10.000 habitants, aidée par des bénévoles de la Croix Rouge, a aussi déployé une cellule d’écoute où près de 70 adultes de la commune et des environs se sont rendus, notamment pour savoir « comment accompagner leurs enfants ».

Etendre les cellules psychologiques aux parents ?

Car, dans de telles situations, difficile de trouver toujours les bons mots. « Lorsqu’un drame survient, nous demandons à chaque fois une prise en charge des enfants par les psychologues de l’Education nationale. Mais nous aimerions que cela soit étendu aux parents, aussi souvent traumatisés », insiste Magalie Icher, la présidente de la FCPE pour qui « parler est une bonne thérapie ».

Son association est souvent sollicitée après ce type d’événements par des parents démunis face aux interrogations de leurs enfants. « Ça remonte très vite, surtout quand un fait divers atteint la communauté, que ce soit les enfants, les parents ou les enseignants. A chaque fois, c’est un drame. Cela met en exergue le fait de n’avoir pas pu protéger un enfant. Cela alimente aussi le sentiment d’insécurité, mais, heureusement, ces événements sont rares, la majorité des actes de violences ont lieu dans la sphère intrafamiliale », rappelle la responsable associative. Certains de ses adhérents se demandent souvent s’il faut parler ce qui s’est passé ou tout simplement éviter le sujet pour ne pas générer les peurs.

Capacité de résilience

Mais à l’heure des réseaux sociaux et de la médiatisation, il est certain que les adolescents ne peuvent plus être mis sous cloche. Les smartphones, que leurs parents leur ont achetés souvent pour se rassurer eux-mêmes et savoir où ils se trouvent, sont aussi une porte ouverte sur l’actualité.

« Aujourd’hui il y a beaucoup d’informations qui circulent, nous sommes tous au courant de ces faits. Avant, ils existaient déjà, mais on ne le savait pas ou moins. Les enfants savent que cela existe, il faut partager avec eux les émotions de manière saine, il faut rassurer. Par contre, si on dit 300 fois par jour aux enfants de faire attention, cela peut générer de l’anxiété. Il faut leur en parler, rappeler qu’il y a des règles de sécurité à respecter, mais ne pas créer la psychose. C’est un entre-deux à trouver », plaide Christine Barois, médecin psychiatre.

Pour cette spécialiste du stress et de l’anxiété, il ne faut donc rien cacher, rien occulter, il faut plutôt montrer à sa fille ou son fils qu’il est possible de gérer ses émotions, « par la respiration ou la méditation », cite-t-elle en exemple. « Nous vivons dans un monde où l’on peut être en danger. Après les attentats du 13-novembre, nous faisions tous attention avant d’aller dans une salle de concerts. On est tous passés par des crises, que ce soit les attentats ou le Covid, ça fait partie de la vie. Il faut s’appuyer sur la capacité de résilience des adolescents. Et puis nous avons aussi en nous cette capacité d’oubli », conclut la psychiatre qui estime que la solidarité dans ces moments-là peut jouer un rôle important.

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