Sommet de la Francophonie | Tunis veut éviter un troisième report

(Ottawa) L’ambassadeur de la Tunisie à Ottawa continue à travailler d’arrache-pied pour éviter un nouveau report du Sommet de la Francophonie, une avenue que le gouvernement Trudeau préconise.

Publié à 6h00

Mélanie Marquis

Mélanie Marquis
La Presse

La situation politique en Tunisie n’est peut-être pas au beau fixe, et la démocratie, pas « parfaite », mais cela ne justifie pas de repousser, pour la troisième fois en trois ans, la grand-messe de la Francophonie, plaide Mohamed Imed Torjemane.

« Je continue à travailler avec le précieux concours du gouvernement canadien. Je suis en contact permanent avec eux », dit-il en entrevue. Car oui, « des choses se passent à côté », confirme-t-il.

Ce qui se passe en coulisses, c’est qu’à trois mois et demi du sommet, le gouvernement Trudeau manœuvre pour convaincre ses allés de la Francophonie de faire une croix sur le sommet de Djerba, en Tunisie.

Le premier ministre canadien a abordé la question en privé avec le président de la République française, Emmanuel Macron, au plus récent Sommet du G7, en juin. Il juge que la situation politique instable n’est pas une toile de fond idéale pour un tel rassemblement.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Emmanuel Macron et Justin Trudeau lors du Sommet du G7, en juin

L’ambassadeur Torjemane ne le nie pas. « Nous sommes dans une phase très complexe de notre histoire », estime-t-il. Cela dit, « la Tunisie a fait le choix de la démocratie. Un choix irréversible », tranche-t-il en appuyant sur chaque syllabe du dernier mot.

À la défense de Kaïs Saïed

À l’origine, le Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) devait avoir lieu à Tunis en 2020. Il a été reporté en raison de la pandémie, et relocalisé dans l’île tunisienne de Djerba.

L’année suivante, rebelote. À peine un mois avant l’ouverture, le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) opte pour un nouveau report, sur fond de troubles pandémiques et politiques – le président Kaïs Saïed venait de faire main basse sur de vastes pouvoirs.

Il demeure l’homme de la situation, insiste le chef de mission de Tunis à Ottawa.

Il a été élu avec 72 % des voix l’an dernier. Pourquoi a-t-il adopté des mesures il y a un an ? Parce qu’il y avait un blocage politique, et la situation ne pouvait continuer.

Mohamed Imed Torjemane, ambassadeur de la Tunisie à Ottawa

Le diplomate refuse net de supputer sur les conséquences d’un autre report. « C’est une question hypothétique. Chacun est libre de penser comme il veut. On garde le cap sur la réussite du sommet », tranche-t-il.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a eu un entretien avec son homologue tunisien Othman Jerandi mercredi de la semaine dernière. Elle a mentionné l’importance de « rétablir un gouvernement élu et représentatif dans les meilleurs délais », selon un compte rendu.

Ç’a été l’occasion « de clarifier pas mal de choses », soutient l’ambassadeur tunisien, sans vouloir élaborer davantage à ce sujet, mais en insistant sur le fait que son pays est « un membre fondateur de l’OIF ».

Du côté de l’organisation, on signale que le verdict n’est pas encore tombé. « Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre à ce stade-ci, car ce sont les États et les gouvernements membres qui se prononceront sur le sujet », a noté une porte-parole.

Le Sommet de la Francophonie, s’il a bel et bien lieu à Djerba les 19 et 20 novembre, se tiendrait environ un mois avant les élections législatives, qui pourraient se dérouler sur fond de tensions.

Flatter dans le sens du poil

« La Francophonie ne peut pas, pour l’instant, flatter Kaïs Saïed dans le sens du poil, car il a vraiment manqué de tact dans la transition. Son autoritarisme est une réaction à un précédent, mais n’est pas la bonne piste de sortie », croit le politologue Sami Aoun.

La clé de voûte, dit le professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, est le président Macron.

Le Canada est chef de file de la Francophonie, mais la position la plus décisive serait celle de la France.

Sami Aoun, politologue

Les deux pays sont les principaux bailleurs de fonds de l’organisation établie à Paris.

L’ambassadeur de la Tunisie ne semble pas vouloir céder. Jeudi encore, il s’entretenait avec Chrystiane Roy, directrice de la Francophonie et du Commonwealth chez Affaires mondiales Canada.

« En examen, la réussite du Sommet de la Francophonie qui aura lieu à Djerba en novembre 2022 et la participation du Canada aux différents évènements solennels et parallèles prévus à l’occasion du Sommet », lit-on sur le mur Facebook de l’ambassade.

Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance, La Presse

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