VRAIOUFAKE. Les masques en tissu Dim fournis aux enseignants sont-ils dangereux pour la santé ?

Les révélations de Reporterre mardi 13 octobre ont suscité l’émoi en pleine épidémie de Covid-19. Le site d’information spécialisé dans l’écologie a révélé que les masques en tissu de la marque Dim fournis par l’Education nationale aux enseignants étaient traités avec un produit chimique biocide considéré comme toxique : la zéolithe d’argent et de cuivre. Cette information soulève des questions auxquelles la cellule “Vrai ou fake” de franceinfo tente de répondre.

De quels masques parle-t-on ? 

A la rentrée scolaire de septembre, l’Education nationale a distribué des masques en tissu à chaque enseignant. “La règle, c’était cinq masques chacun minimum, mais certains collègues n’en ont reçu que deux”, précise à franceinfo Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du syndicat SGEN-CFDT.

Mais les enseignants n’ont pas été les seuls à recevoir des masques en tissu de la marque Dim. Après une semaine de controverse, le gouvernement a fini par le reconnaître, mardi 20 octobre, dans un communiqué en provenance de Bercy. L’Etat, qui les a achetés au fabricant de lingerie “au printemps”, les a également distribués “à des agents de la fonction publique d’Etat et à des associations”. 

L’un de ces masques a même été porté par Emmanuel Macron, lors d’un déplacement dans un lycée de Clermont-Ferrand, début septembre. Il avait d’ailleurs été pris d’une quinte de toux et avait déclaré : “Pardon, je m’étrangle. (…) Je vais mettre un masque plus léger, parce que j’ai dû absorber un truc du masque.”

Le grand public a également pu se les procurer sur des sites de vente en ligne et, au moins jusqu’à mardi, sur le site internet de Dim. La marque a annoncé dans un communiqué mercredi 21 octobre qu’elle suspendait leur commercialisation.

Que sont les zéolithes ?

Les zéolithes sont des minéraux. Des cristaux plus précisément. “On peut trouver des zéolithes dans la nature, mais on peut aussi les synthétiser. Il existe plus de 240 types différents de zéolithes de synthèse”, indique à franceinfo Svetlana Mintova, directrice de recherche du CNRS à l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs de Caen. La particularité des zéolithes est d’avoir une structure moléculaire poreuse. Ces cristaux peuvent ainsi absorber d’autres éléments chimiques. Cette faculté les rend intéressants pour l’industrie et ce à plus d’un titre.

De nombreux produits courants contiennent donc des zéolithes, expose Svetlana Mintova“Il y a des zéolithes dans la lessive en poudre qui nous sert à laver nos vêtements. Elles sont utilisés pour enlever le calcium de l’eau et la rendre plus douce au cours du lavage.” Compte tenu de leur pouvoir absorbant, on retrouve aussi ces cristaux dans certaines litières pour chat ou dans des substrats pour bonsaïs. “Les zéolithes sont également utilisées comme additifs alimentaires ou pour extraire les éléments radioactifs et les métaux lourds, comme après les catastrophes nucléaires de Fukushima ou Tchernobyl”, énumère la chercheuse. 

Pourquoi traiter ainsi des masques en tissu ?

Dim précisait sur son site internet et sur l’étiquette de l’emballage de ses lots de masques en tissu qu’ils étaient traités à la zéolithe d’argent et à la zéolithe d’argent et de cuivre. Contactée par franceinfo, la marque précise qu’il s’agit d’un traitement antimicrobien pour textiles”. Celui-ci “permet d’assurer la protection et conservation optimale d’un produit” et “d’optimiser [ses] conditions d’utilisation”, fait valoir le fabricant de lingerie. 

Mais l’adjonction de zéolithes dans des masques en tissu pourrait avoir un autre intérêt, note Svetlana Mintova : “Les zéolithes sont également très hydrophiles et peuvent donc aussi servir à emprisonner l’humidité de notre respiration.” Outre un effet antimicrobien, le traitement à la zéolithe d’argent et de cuivre appliqué par Dim pourrait donc servir à apporter un confort supplémentaire aux porteurs de ses masques en tissu. Ces derniers sont d’ailleurs les seuls textiles de la marque à recevoir ce traitement, assure l’entreprise.

Ce traitement chimique est-il autorisé ? 

Dim déclare qu’il applique ce traitement à base de zéolithe à ses masques en tissu “dans le cadre de la catégorie TP09, conformément au règlement délégué n°1062/2014 et au règlement n°528/2012 de l’Agence européenne des produits chimiques concernant la mise sur le marché et l’utilisation des produits biocides”. Le choix par Dim de cette catégorie “type 9” a son importance.

Le règlement européen sur les produits biocides classe en effet ces derniers en 22 types, selon leurs utilisations possibles. Comme les autres biocides, la zéolithe d’argent et de cuivre fait l’objet d’un processus d’évaluation au niveau européen. Celui-ci, confié à la Suède, est en cours, comme l’indique le site de l’Agence européenne des produits chimiques.

A ce jour, un verdict n’a été rendu pour la zéolithe d’argent et de cuivre que pour deux des 22 catégories d’usages potentiels : ceux relevant du “type 2” ou du “type 7”. Dans ces deux catégories, son emploi comme biocide n’a pas été approuvé. L’avis rendu en octobre 2018 par l’Agence européenne des produits chimiques a été entériné par une décision de la Commission européenne en novembre 2019. 

En l’absence de décision européenne en sa défaveur dans les autres catégories, la zéolithe d’argent et de cuivre peut donc toujours être employée comme biocide, notamment dans les usages relevant du “type 9”. A savoir, en tant que produit servant à “protéger les matières fibreuses ou polymérisées”, comme “les produits textiles”, en empêchant “l’accumulation de microorganismes sur la surface”, en prévenant ou en empêchant “la formation d’odeurs” ou en présentant plus largement “d’autres types d’avantages”, d’après la réglementation.

Ces minéraux sont-ils nocifs pour la santé ? 

Dim assure que ses masques “sont sûrs”. “Nos masques sont conformes aux exigences du Standard 100 Oeko-Tex, ce qui veut dire que chacun de leurs composants a été testé ‘sans substances nocives’ et, par conséquent, ils ne présentent pas de risque pour la santé humaine”, garantit l’entreprise. “Les tests sont faits par des laboratoires indépendants”, insiste le groupe. Un point également souligné par Bercy dans son communiqué. Dim affirme aussi que ses masques “contiennent une très faible quantité de zéolithe d’argent et de cuivre” et ne contiennent pas de nanoparticules de zéolithes”.

Mais un point pose question. Dans son avis, l’Agence européenne des produits chimiques considère la zéolithe d’argent et de cuivre comme “toxique”, notamment pour “la reproduction”, car susceptible de nuire au bon développement du fœtus. L‘Agence européenne y considère même que “l’utilisation de textiles [traités à la zéolithe d’argent et de cuivre] destinés au contact direct avec la peau humaine présente des risques inacceptables pour toutes les tranches d’âge”.

L’organisation reconnaît cependant qu’elle s’est prononcée “en l’absence d’information spécifique à la substance”. Elle explique qu’elle a jugé la zéolithe d’argent et de cuivre en s’appuyant sur les données connues pour d’autres substances à la structure similaire (la zéolithe d’argent et de zinc, les sels d’argent…), en extrapolant à partir des informations disponibles pour chaque élément composant la zéolithe d’argent et de cuivre (à savoir l’argent, le cuivre et la zéolithe) ou en consultant les résultats de travaux sur les ions d’argent et de cuivre.

De même, note le ministère de l’Industrie, “une étude datant de fin 2019 a mis en lumière des risques pour la santé de ces deux substances, pour un usage toutefois différent de celui déclaré par les sociétés productrices de masques, et en particulier de la marque Dim”. Et de préciser :

Cette étude se fonde sur des analyses génériques ne permettant pas de conclure à la toxicité des masques traités à la zéolithe compte tenu des concentrations présentes dans les masques et des conditions d’exposition.

Le ministère de l’Industrie

dans un communiqué

Ces méthodes d’analyse ne font d’ailleurs pas l’unanimité, selon Svetlana Mintova. On ne peut pas comparer la toxicité des nanoparticules d’argent pur (ou presque) avec de l’argent immobilisé dans des zéolithes, critique-t-elle. La toxicité de l’argent pur est bien connue. Cependant, l’argent dans les zéolithes existe sous forme de cations à faible concentration, à l’état de traces.”

Ces masques présentent-ils des risques ? 

La question est la suivante : “Y a-t-il un risque que des particules se détachent du masque ?”, formule auprès de franceinfo Jérôme Mijoin, maître de conférences à l’Institut de chimie des milieux et matériaux de l’université de Poitiers, rattaché au CNRS. Pour lui, la réponse dépend de la fabrication. “Selon la méthode d’imprégnation utilisée, l’argent incorporé à la zéolithe peut être plus ou moins ‘labile’ [“instable” en chimie]. Il peut donc être expulsé de le structure cristalline de la zéolithe, en particulier lors du lavage”, pointe Jérôme Mijoin.

Parmi l’éventail de techniques possibles, la pulvérisation est de l’avis de Svetlana Mintova la plus problématique. “Si la zéolithe est pulvérisée à sec sur la surface du masque en tissu, oui, cela peut poser un problème, mais je ne crois pas qu’une entreprise produirait des masques de cette manière”, juge la chercheuse. La zéolithe ne serait en effet présente qu’en surface et le traitement ne durerait pas. Dim ne livre pas ses secrets industriels, mais le groupe argue que la présence de zéolithe sur ses masques est “encore davantage réduite suite au lavage du produit”, recommandé avant la première utilisation et après chaque port. Cette précision interroge autant sur la durabilité du traitement que sur la manière dont il a été appliqué.

A ce stade, on ne peut pas conclure que l’argent présent dans les zéolithes soit dangereux ou pas, en particulier en ce qui concerne ce produit.

Svetlana Mintova

à franceinfo

“Une chose est sûre, comme pour tous les composés siliciques ou alumino-silicique, l’inhalation et la pénétration profonde des particules de zéolithes dans les alvéoles pulmonaires n’est clairement pas souhaitable”, rétorque Jérôme Mijoin. 

“Ce sont les ions métalliques actifs d’argent, insérés dans les particules de zéolithes, qui peuvent être toxiques”, précise au HuffPost Fabrizio Pariselli, toxicologue, directeur de l’unité de prévention du risque chimique au CNRS. “A haute dose, ils peuvent pénétrer le système sanguin et être neurotoxiques. Ils peuvent également mener à une perte de poids, affaiblir le système immunitaire, être corrosifs pour les yeux”, liste-t-il, ajoutant cependant qu’“il faut un rapport très prolongé et de très hautes doses”.

D’autres experts contactés par Reporterre jugent que, dans le doute, le principe de précaution devrait s’appliquer. “Pourquoi donner des masques avec des ions argent alors qu’il existe des masques sans danger ? C’est le principe de précaution : n’utilisons pas de produit potentiellement toxique même si c’est une dose infime”, estime le chercheur en neurosciences Yves Burnod. 

Comment a réagi l’Etat ?

L’Etat va donc remplacer ces masques par d’autres ne contenant pas de zéolithes. Il a aussi demandé à ses autres fournisseurs de lui certifier que leurs modèles ne contenaient pas de zéolithes. Le ministère de l’Education nationale précise que la distribution des nouveaux masques aux enseignants est prévue après les vacances de la Toussaint. Selon le Snes, un message est par ailleurs envoyé aux personnels de l’Education nationale pour leur demander de ne plus les porter.

Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire nationale de l’Unsa-Education, en charge de la qualité de vie au travail, “conseille aux collègues de remplir le registre de santé et de sécurité au travail dans leur établissement”. “Si un jour les autorités sanitaires constatent que ces masques présentent un danger pour la santé, il n’y a que si les personnels se sont inscrits dans ce registre qu’ils pourront exiger des réparations et des dommages”, souligne la syndicaliste enseignante.

L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, confirme à franceinfo qu’elle a été chargée de mener une expertise par le ministère de la Transition écologique, en charge des questions liées aux biocides. “On va se rapprocher de l’industriel pour recueillir toutes les données nécessaires pour l’expertise. On va exploiter la littérature scientifique sur le sujet, comme on le fait à chaque fois. Ce travail est en cours”, précise l’agence.

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