Vu, lu, vérifié | Est-il possible de se « dévacciner » ?

À plusieurs reprises, au cours de la dernière année, des recettes et méthodes pour se « détoxifier » d’une dose de vaccin, ou carrément se faire « dévacciner », ont circulé sur les réseaux sociaux. Mais pourquoi donc voudrait-on remettre dans la seringue ce qui a été injecté dans le bras ?

Publié à 7h00

Judith Lachapelle

Judith Lachapelle
La Presse

On y est allé une, deux, trois ou même quatre fois déjà. Et parfois à contrecœur, parce qu’on s’est senti contraint d’y aller. Si on regrette de s’être fait vacciner, est-il possible de se faire « dévacciner » ?

Voilà une curieuse intention. Mais puisque la question est posée, répondons-y : non, il n’est pas possible de se « dévacciner » après avoir reçu une ou plusieurs doses de vaccin. Les ingrédients du vaccin sont éliminés dans les jours qui suivent la vaccination, mais ses effets protecteurs sont là pour de bon (heureusement, d’ailleurs).

Le vaccin enseigne au système immunitaire à reconnaître un ennemi, à produire des anticorps pour le combattre, et à s’en souvenir pour la prochaine fois où il y devra y faire face. Même après des mois (voire des années), le système immunitaire garde en mémoire une « description » de cet ennemi – mémoire qu’il faut néanmoins rafraîchir après un certain temps avec une dose de rappel.

Pourtant, des méthodes de « dévaccination » ou de « détoxification » circulent sur les réseaux sociaux. Que proposent-elles ?

En novembre dernier, dans une vidéo devenue virale, une ostéopathe américaine proposait de « prendre un bain de détoxification » en se frottant la peau avec un mélange de bicarbonade de soude, de sels d’Epsom, de Borax et d’argile bentonite.

Récemment, le partage sur Facebook d’une recette de « dévaccination » – qui suggère de prendre divers produits comme du glutathion (un antioxydant), un extrait d’aiguilles de pin, des cristaux de zéolithe (un minéral), de la tisane d’Artemisia annua, de l’iode ou du « plasma marin » (eau de mer stérilisée) – a suscité inquiétudes… et moqueries.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE FACEBOOK

Recette de « dévaccination »

Est-ce que les vaccins contiennent du graphène, des « protéines Spike » et de l’ARN tel que l’a suggéré cette publication ?

D’abord, précisons que la liste des ingrédients contenue dans les vaccins est publique.

Ensuite, allons-y un par un.

Graphène : non, il n’y en a pas. L’été dernier, les observations publiées par un chercheur espagnol, qui croyait avoir identifié de l’oxyde de graphène dans une fiole de vaccin Pfizer, ont été contredites par de nombreux scientifiques. Le chercheur a par ailleurs reconnu que ses observations étaient « non concluantes ».

Protéine « Spike », ou « protéine S » : il s’agit du spicule (spike en anglais) caractéristique du coronavirus SARS-CoV-2 que doit apprendre à reconnaître le système immunitaire. Le vaccin ne contient pas de protéine S, mais il livre aux cellules humaines une recette pour en fabriquer une version semblable, mais inoffensive. Les « fausses » protéines S sont ensuite éliminées par les anticorps développés par le système immunitaire lui-même.

ARN : dans les vaccins Pfizer et Moderna, la recette de fabrication de protéines S est contenue dans l’ARN messager, constitué d’une portion de l’ARN du virus SARS-CoV-2. Une fois son message livré aux cellules, l’ARN messager se décompose tout seul dans les jours qui suivent la vaccination.

Supposons qu’on veuille essayer ces recettes pour s’assurer que les ingrédients du vaccin soient éliminés, quel risque court-on ?

Tout dépend des produits utilisés. « Ce ne sont pas tous des produits inoffensifs », affirme le pharmacien Yann Gaudreault. Le NAC (N-acétyl-cystéine), par exemple, est un médicament vendu sur ordonnance utilisé pour traiter des intoxications hépatiques. « Ça n’a aucun lien avec le système immunitaire. » La prise d’ivermectine, un médicament antiparasitaire dont bon nombre d’études ont démontré l’inefficacité contre la COVID-19, a fait l’objet de signalements dans les centres antipoison. Les extraits de conifères « sont utilisés à toutes les sauces comme expectorant dans les cas de bronchite, mais il y a peu de preuves qui soutiennent l’efficacité de leur utilisation », dit M. Gaudreault.

Si le saupoudrage de bicarbonade de soude ou de sels d’Epsom dans son bain est relativement inoffensif (en faible quantité, du moins), celui de Borax est fortement déconseillé en raison de sa toxicité. « Ce sont des produits qui peuvent être très irritants », rappelle le pharmacien.

Que faire si on regrette de s’être fait vacciner ?

Même s’il n’est pas possible de se faire « dévacciner », certaines personnes vont regretter d’avoir relevé la manche, observe la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. « Certains l’ont fait parce qu’ils se sentaient un peu contraints », rappelle-t-elle, en évoquant l’époque où le passeport vaccinal était en vigueur. Le vaccin est un acte « intrusif », dit-elle. « Pour beaucoup de gens, ce n’est pas un enjeu perturbant. On n’aime pas se faire vacciner, mais on accepte de le faire parce que ça vaut la peine. Mais pour d’autres personnes, cette intrusion est très grande. »

Avec le temps, « des frustrations se sont accumulées et peuvent faire en sorte qu’une personne souhaite ne plus avoir ce vaccin en elle ».

Comment doit-on aborder cette volonté de « dévaccination » ? D’abord, en puisant aux sources de cette intention. « Si on cherche comment se détoxifier, c’est qu’on se sent possiblement anxieux et angoissé », dit la psychologue. « Quand on est capable de mettre des mots sur ce qui nous rend mal à l’aise, on peut faire baisser la pression. » Un affrontement avec un proche anxieux n’est pas utile, rappelle-t-elle. « Comme ami, on doit comprendre que si la personne a besoin de croire à ça, c’est que justement, il y a un malaise derrière. »

Et enfin, elle suggère de prendre autant de soin à évaluer les méthodes de « détoxification » qu’on pourrait en mettre pour évaluer la toxicité des vaccins. « Si je dis que c’est important pour moi de savoir ce que je mets dans mon corps, il est alors également important de m’assurer que ces solutions alternatives sont vraiment sécuritaires. Il faut appliquer la même logique. »

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